Non à des examens sous pandémie !

Pour le bien des élèves et des personnels, le passage des examens en contrôle continu est une nécessité ! Angoisses sanitaires et pédagogiques. Tel est l’étau dans lequel l’École est prise depuis un an, entre souci de protéger élèves, familles et personnels et souci de ne pas éloigner les jeunes des apprentissages scolaires. Une année scolaire chaotique Nous traversons une crise sanitaire majeure, nous la traversons avec nos élèves, tou·tes victimes de la confusion des injonctions ministérielles : ce sont treize millions de personnes concernées – sans compter les familles –, soit 20% de la population française. Comment, dans de telles conditions, exiger que l’année scolaire se termine comme d’habitude, notamment les examens ? Absences chroniques d’élèves, infecté·es ou cas contacts. Arrêt maladie des enseignant·es, non remplacé·es en raison de la politique de recrutement déplorable du gouvernement. Classes fermées. Hybridation de l’enseignement dans certains lycées depuis novembre mais pas dans d’autres. Inégalités d’un travail […]

Raconter les élèves

Attention !!! Divulgâchis ! Il y a de cela quelques années, alors que je regardais mes élèves concentré·es sur une évaluation, je me disais que j’aimerais écrire un livre sur elles et eux, leur pluralité, leur individualité, leur beauté (car y a-t-il rien de plus émouvant que des élèves concentré.es sur une tâche que vous leur avez donnée ?). Ce livre a été écrit depuis : c’est Rappeler les enfants, d’Alexis Potschke. Avant de l’ouvrir, je m’attendais à un simple livre de témoignage, pas à un texte aussi juste, beau et émouvant. Au début, c’est une sorte de chronique : de courts chapitres s’enchaînent, chacun centré sur un·e élève particulièr·e, dans son interaction avec le professeur (de français) narrateur ou avec ses camarades. Chaque chapitre creuse ainsi, d’abord esquissé puis dessiné avec de plus en plus de détails, le portrait d’un·e élève : son physique, son caractère, sa relation à l’école, avec ses […]

« Intégrer l’égalité dans les enseignements du second degré en lettres » : de quoi parle-t-on au juste ?

Lundi dernier, grâce à une recension du café pédagogique [1], nous avons découvert le dossier « intégrer l’égalité dans les enseignements du second degré en lettres »[2] proposé par Canopé et en libre accès sur le site.  Soulagé·es de voir enfin cet objectif de développement durable[3] inscrit dans les activités de notre discipline, nous avons rapidement déchanté à la lecture de son contenu et nous voudrions nous en expliquer ici. En effet, la plupart des séquences proposées envisagent la femme comme objet de discours. La femme y est donc un thème qui permet de construire des corpus de textes donnés à l’étude. Ainsi on pourra étudier, en classe de sixième, la problématique « être une femme » en s’appuyant sur les héroïnes des contes de Perrault et de Grimm, alors même que nous savons à quel point les élèves souffrent d’être enfermé·es dans des rôles genrés socialement et culturellement construits, où […]

Humanités, littérature et philosophie : un espace de liberté et d’émancipation

« Humanités, littérature et philosophie » : un enseignement plein de promesses. Quelques réflexions de Claire Tastet et Julien T.-Marsay, membres du collectif Lettres vives, qui enseignent cette discipline. 1-Pourquoi as-tu choisi (ou pas !) de prendre en charge cet enseignement ? Quelles envies, quels espoirs y mettais-tu ? Julien : Le choix a été conditionné par plusieurs facteurs. Primo, par une réalité toute prosaïque : les impératifs de la répartition de service. Deuxio, par un élan beaucoup plus idéologique : la facture du programme de français 1ère tronc commun qui induit un véritable rejet symbolique chez moi ! Je travaille énormément sur l’éclairage d’une autre Histoire littéraire que celle insufflée par la culture dite « légitime » : sur les autrices invisibilisées, sur les plumes décoloniales…. Dès lors, le programme du Bac français se pose comme l’antithèse de ma vision de la pédagogie des Lettres. Un programme orienté par cette histoire littéraire masculiniste héritée des jugements de Lanson […]

Le théâtre, le corps et l’émancipation — Entretien avec Nicolas Joray.

1. Tu enseignes le théâtre en Suisse, dans une « école de culture générale ». Peux-tu nous en dire plus sur le fonctionnement de ces écoles, en particulier à qui est destiné ou qui choisit de suivre le cours de théâtre? Il s’agit d’une école publique destinée aux adolescent·es qui sortent de l’école obligatoire, lorsqu’ils et elles ont 16 ans environ. La formation prépare à l’entrée dans des hautes écoles des domaines de la santé, du travail social ou des arts. On y dispense durant trois ou quatre ans une formation de culture générale. Mes élèves deviendront donc par exemple enseignant·es du degré primaire, infirmier·ères, artistes, éducateur·trices, ergothérapeutes. Cette formation se distingue donc du lycée, appelé également gymnase, qui ouvre les portes de l’université et qui est plus difficile d’accès. Cela fait dire à certain·es que l’école de culture générale accueille les élèves qui ne veulent pas suivre un apprentissage professionnel mais […]

Le temps de lire

Qu’est-ce que le quart d’heure de lecture ? Depuis quelques années, nous avons vu avec plaisir le quart d’heure de lecture entrer dans les établissements scolaires, surtout les écoles et les collèges. Il s’agit d’un temps dédié à la lecture, placé hebdomadairement ou quotidiennement, de 10 à 15 minutes de lecture dite libre. Si la pratique existait évidemment déjà dans quelques établissements qui n’ont pas attendu de mot d’ordre officiel pour mettre en place des temps de lecture, on ne peut nier que l’action de l’association Silence on lit ! a été pour beaucoup dans son développement (même si, j’y reviendrai, il y aurait beaucoup à dire sur les pratiques de cette association et la vision de la lecture qu’elle diffuse). En 2018, récupérant comme souvent les pratiques des personnels, le ministre Blanquer a adressé un courrier aux rectrices et aux recteurs pour faire la promotion du quart d’heure de lecture, si […]

Marcher sur la queue du chat

Cette élève qui s’est enfuie en courant et en pleurant de mon cours sur un extrait de Pauca Meae de Hugo, je ne l’ai jamais oubliée. Et ce petit jeune homme pourtant esprit fort, qui passa tout un cours sur Bérénice à pâlir graduellement sans que je comprenne pourquoi. Et au début de ma carrière, il y a eu aussi cet élève s’énervant subitement à la lecture d’un extrait de L’École des Femmes qui m’a laissé un souvenir impérissable. J’ai horreur de cela, je m’en veux toujours un peu de ne pas avoir su l’éviter. J’appelle cela marcher sur la queue du chat : un accident inévitable et contre lequel on ne peut pas grand-chose. La première venait de perdre sa grand-mère qui l’avait élevée et je n’en savais rien. Le second resta en fin d’heure pour m’expliquer que dans la vie, il était exactement dans la position d’Antiochus. Quant au […]

Une prolétarisation de l’enseignement de la lecture ?

Une dystopie ? Imaginons un pays qui régulièrement évaluerait les savoirs et les connaissances de ses enfants et confronterait ces évaluations à d’autres pays imaginaires. Imaginons que l’émancipation l’alphab(ê)tisation collective soit son seul objectif, afin que chacun puisse lire, écrire et comprendre le minimum pour travailler et consommer. A la vue des résultats internationaux, et dans cette optique, il n’y parvient pas. Alors, il regroupe en urgence son cercle rapproché de chercheurs et de scientifiques. Leurs missions : quantifier, évaluer, modifier et construire une méthode infaillible qui permette à tou·te·s de lire et d’écrire, le minimum. Tous les utopistes sont écartés et contraints de se taire. La méthode infaillible voit le jour rapidement faisant fi de tous les protocoles qui garantissaient autrefois l’éthique de toute recherche. Un peu comme s’il avait fallu trouver un vaccin pour combattre rapidement une pandémie. Ici, le vaccin ressemble à une Méthode de lecture idéale, identique pour […]

Comment j’ai appris la mort de Maradonna

Une séance de textes libres mercredi matin 26 novembre. Arthur sèche et joue avec son stylo._ « Tu joues avec ton stylo, Arthur, tu aimes jouer ?_ Oui, à la playstation._ Tu as écrit en début d’année que tu aimais le rap, c’est aussi un jeu, avec les mots. Si tu veux, écris et répéte trois fois « je joue » et tu parles ensuite de ces trois sortes de jeu. 10 minutes plus tard, je repasse par là ; la première strophe est écrite._ « Je n’ai pas fait ce que vous avez dit, j’ai écrit autre chose. »_  » C’est encore mieux. Ha tiens, Maradona, c’est un vieux joueur, ça. J’ai un documentaire sur lui, il faudra que je te le passe si tu veux. Il est encore connu ? A. les yeux ronds :  » Il est mort hier »…..Ecouter les infos tous les jours, on a dit….._ Je l’apprends avec ton texte. Merci. […]

Le cabinet de curiosités, un partage de cultures

Claire Tastet est professeure de Lettres en lycée. Durant le 1er confinement, elle et ses élèves ont créé un cabinet de curiosités, avec joie et enthousiasme ! Sans doute une des pistes possibles pour le travail en demi-groupes en œuvre actuellement dans les lycées. Nous sommes revenues sur cette pratique avec Claire. Un cabinet de curiosités dans l’enseignement des Lettres… pourquoi, et comment ? Le cabinet de curiosité a été réalisé dans le cadre de la spécialité Humanité Littérature & Philosophie en Première. Nous étions en plein confinement et nous étudiions les récits des grands voyageurs dans le cadre des « Représentations du monde de la Renaissance au Siècle des Lumières ». Une des trois problématiques proposées dans cet objet d’étude s’intitule « décrire, figurer, imaginer ».  Lors de la classe en ligne, un des élèves a fait remarquer le côté paradoxal de la situation : nous évoquions de grands voyageurs, des pays lointains alors que nous […]