Les auteurs de « fake news » ne sont pas toujours ceux qu’on croit.

Avec la loi, la chasse au « fake news » est ouverte. Il est clair qu’elles sont le fait d’individus malveillants qui trouvent des relais pour leur propagation parmi les barbares incultes qui peuplent nos banlieues. Et si les « fake news » étaient également le fait de très honorables intellectuels relayés par les plus honnêtes gens du monde ? Prenons l’exemple des « techniciens de surface ». Cette qualification aurait remplacé celle de « balayeur », le « politiquement correct » interdisant une appellation méprisante à l’égard de pauvres bougres incapables de faire davantage que manier le balai. Alain Finkielkraut, élu depuis à l’Académie française, a beaucoup fait pour ridiculiser le « politiquement correct » avec cette anecdote. Rappelons que le « politiquement correct » a été bâti aux USA en même temps que la « discrimination positive » (ou « affirmative action ») qui imposait aux universités d’accueillir un quota d’étudiants issus des « minorités visibles », comme on dit de ce côté-ci de l’Atlantique. Il ne suffit […]

« Béééé éhaaa… Bâ ! » : quand maman parlait une langue étrangère…

Je suis entrée à l’école primaire à plus de six ans, sans passer par la case « école maternelle ». Née en 1940, j’étais très protégée par mes parents. Nous vivions à Paris et il y avait des alertes si nombreuses que la course dans les abris devenait un exercice presque quotidien. Mon père et ma mère avaient donc décidé de me garder près d’eux le plus longtemps possible. Cependant, avant de me confier à l’école républicaine, ils ont voulu me préparer aux premiers apprentissages. Je semblais être une petite fille sensée, curieuse et intéressée et cela n’aurait pas dû poser de problèmes. Malheureusement, le résultat n’a pas été à la hauteur des espoirs de mes parents. Je revois encore la scène. Maman vient vers moi, un sourire bienveillant aux lèvres et dans un climat de confiance partagée. Elle prend mes mains dans les siennes, s’assied en face de moi. L’heure semble […]

Une note bien dans la ligne

« Il faut que tout change pour que rien ne change » G. T. di Lampedusa, Le Guêpard. Le Conseil Supérieur des Programmes a donc publié une « Note d’analyses et de propositions sur les programmes du lycée et sur les épreuves du baccalauréat ». Celle-ci vient en réponse à un courrier du ministre, publié en annexe, et fixe un cadre très précis : celui de la réforme, déjà annoncée, du baccalauréat et de l’organisation du lycée. La mission du CSP est donc de refonder à la fois les programmes d’enseignements et le contenu des épreuves du bac. La note présente un statut plutôt imprécis : elle aurait pour but, selon ladite lettre, de poser « les premiers jalons du travail à venir », entendre l’écriture des programmes applicables à la rentrée 2021. Toutefois, on relève que cette note formule « des propositions concernant les ajustements éventuels à apporter aux programmes de la classe de seconde à la rentrée […]

La dictée n’est pas ce qu’on veut nous faire croire

Lorsque Jean-Michel Blanquer évoque la dictée quotidienne comme un remède indispensable, il sait que pour les parents, les grands-parents… pour une très grande partie de la population, cet exercice est auréolé de vertus comme l’est une potion pour bien grandir, même si elle est désagréable au goût – comme l’était l’huile de foie de morue.En effet, pour beaucoup d’entre eux, la dictée était source de peine, de souffrance, voire de honte. Le zéro était bien partagé, cinq fautes suffisaient ! Le stylo rouge du maître ou de la maîtresse d’école n’était pas indulgent, il rayait sans pitié et écrivait le zéro d’un geste rageur. Des lignes des mots mal orthographiés s’en suivaient. La dictée parle donc à tout le monde !Mais les élèves aux dictées à zéro ou à une faute étaient-ils meilleurs en orthographe ?Guère plus que les autres, car dans leurs écrits personnels, ils n’appliquaient guère les règles grammaticales et oubliaient les mots […]

Élitiste, maximaliste et dogmatique

Le texte qui suit relate une anecdote à laquelle j’ai été confronté il y a déjà longtemps, mais qui, au vu des discours tenus ici et là, et jusqu’au ministère, sur « la dictée », me parait pouvoir contribuer à la réflexion sur ce sujet. L’académie où je travaillais alors organisait annuellement un championnat d’orthographe, réservé aux élèves, dont je dénonçais le caractère de compétition-spectacle. Cette année-là, le texte choisi m’a offert d’autres arguments pour protester auprès des autorités académiques … A.C. « Il viendra bien, le temps où disparaîtront la notion de “faute” et le zéro en orthographe… » Nina Catach, L’orthographe française, Nathan, 1986  Pour ce championnat académique d’orthographe, une première dictée devait sélectionner parmi les élèves de l’académie ceux qui seraient admis à participer aux épreuves du championnat proprement dit. Le texte choisi était intitulé Les enchantements de la mémoire et accompagné de la mention : « d’après Antoine de Saint-Exupéry ». Pour les élèves […]

L’École française n’apprend pas à lire…

Depuis la publication des résultats de l’enquête internationale Pirls (4 décembre 2017), tout le monde a quelque chose à dire sur l’apprentissage de la lecture. Qu’est-ce qui empêche les élèves français d’apprendre à lire ? Cette étude concerne les élèves de CM1 en lecture et offre un large éventail de leurs compétences (de celles de base à celles de compréhension avancée). Parmi les cinquante pays étudiés, onze se sont améliorés et deux ont régressé dont la France et les Pays-Bas. Les élèves français ont de bons résultats pour les compétences de base, mais échouent pour la compréhension avancée. Ils savent déchiffrer, lire des textes, mais il y a de moins en moins de « bons lecteurs » : ceux qui peuvent extraire de textes des informations complexes (seulement 1 élève sur 25). Pourquoi ? Le temps d’étude ? En France, 40 % des heures de cours (20 % en moyenne pour les pays de l’OCDE) sont consacrées à l’étude […]

Engagement… [Paroles d’élèves, pratiques de profs]

Chaque année, en reprenant les différents programmes de mes classes, je fais le même constat. Le programme de 3e est pesant, tragique. Que ce soit en français ou en histoire. Les « guerres totales », les totalitarismes, « les génocides », le devoir de mémoire, l’engagement sont autant de thèmes et d’orientation qui s’éparpillent sur toute l’année de 3e, et qui peuvent parfois rendre l’atmosphère écrasante, et creuser un fossé entre le quotidien des élèves et les notions présentées par les enseignants. Je ne dis évidemment pas que ce ne sont pas des sujets et des périodes à aborder. Mais il est fréquent de nous entendre nous, enseignant.e.s, déplorer le manque d’intérêt des élèves, le fait qu’ils ne se sentent pas « concernés », ou nous offusquer qu’ils ne connaissent pas tel fait ou tel personnage pourtant « incontournable » dans l’histoire française, voire mondiale. Connaître l’histoire, mais pour quoi faire ? Pour en connaître la chronologie, pour en […]