Évaluer par « compétences » en Lettres au lycée – un récit de pratique

Évaluer par « compétences1 » en Lettres au lycée – un récit de pratique « Quelle note attribuer à cette copie ? Pourquoi mettre 14 plutôt que 15 ? Et pourquoi ne pas mettre 19 ? Cette copie est-elle vraiment meilleure que la précédente ? » Pendant longtemps, attribuer une note plutôt qu’une autre à une copie a été un véritable calvaire pour moi, car je ne parvenais pas à fixer un barème précis et objectif, et surtout qui fonctionne. Souvent mes barèmes me conduisaient à attribuer une note qui ne me satisfaisait pas, que je trouvais injuste et peu objective. Il faut dire qu’en Lettres, au lycée, les attentes sont pour le moins vagues : il y a celles que l’on se fixe entre pairs, variables d’un.e prof à l’autre, qui donnent des pistes pour enseigner une méthodologie précise, compréhensible et mémorisable d’un exercice du bac. Il y a, par ailleurs, les attentes de l’inspection, beaucoup plus souples […]

3 classes dans un journal – pratique en collège

Le journal de classe est couramment mis en œuvre dans le 1er degré, mais beaucoup moins présent dans le 2nd degré, comme pas mal de pratiques inspirées de la pédagogie Freinet, à vrai dire. Les écueils souvent mis en avant sont le manque de temps, le peu d’heures passées avec les élèves et, bien évidemment, le sacro-saint programme ! Moi-même, je ne l’avais pas pratiqué avant aujourd’hui ! Faute de temps pour y penser, et ne voyant pas trop comment le mettre en œuvre. Mais m’y voilà, nous y voilà et je ne peux que constater à quel point tout s’emboîte naturellement, à quel point tout ce que nous faisons depuis le début de l’année en classe trouve naturellement sa place dans le journal scolaire. Nombre de collègues freinétistes parlent du « pas après pas », évoquent la logique d’ensemble de cette pédagogie, cette « méthode naturelle » qui n’est pas qu’une somme d’outils et de […]

Pratiques du journal en Première

Un journal pour dire l’émotion Je travaille cette année avec deux classes de 1ère et une classe de BTS deuxième année.Les élèves à leur arrivée en 1ère ont pris l’habitude du lycée et les plis ordinaires dans une classe à 35 élèves. Ils découvrent comme moi la réforme du bac et avec moi, ils découvrent des pratiques qui leur sont étrangères, comme le conseil de coopérative, le texte libre, le travail individualisé. Difficile pour eux de vivre ensemble ces nouveautés, sans fabriquer un amalgame à hauteur des difficultés rencontrées et du malaise qu’elles suscitent. J’ai voulu passer ce cap en protégeant les moments d’expression personnelle dans la classe, notamment le texte libre, bien éloigné des injonctions officielles du bac de français, ancien et nouveau. Je voulais également donner une forme lisible, qui matérialise l’expérience et donne une représentation concrète de ce que nous étions en train de vivre ensemble. Ces […]

Genèse de la cartographie d’une controverse en Lettres 

Cristallisations et crispations. À l’excès. Tel est aujourd’hui l’état des comportements réels et, a fortiori virtuels, qui guident les polémiques de la société. #GretaThunberg, #LeVoile, la #PMApourtoutes : on compte à l’envi les #hastags qui suscitent des joutes toujours plus tranchées, des oppositions toujours plus binaires sur les réseaux sociaux. Des camps s’affrontent avec virulence et bien souvent l’argumentation construite côtoie des torrents de haine ad personam. Outre les compétences d’analyse de la langue et du discours qu’offrent en soi les Lettres, se pose la question de démarches de cours qui pourraient permettre aux élèves d’aiguiser leur champ réflexif et de saisir la dynamique d’une controverse avec nuance et hauteur de vue. Leur donner au mieux des clés pour décrypter une rixe argumentative. La cartographie des controverses a été conceptualisée en 2008 par le chercheur Bruno Latour, mise en œuvre à l’école des Mines, puis à Sciences Po et dans le […]

L’art et les violences sexuelles : une tentative d’usage critique des nouveaux programmes en lycée

Les nouveaux programmes du lycée prévoient, pour la classe de seconde, un objet d’étude intitulé : « La littérature d’idées et la presse du XIXe siècle au XXIe siècle ». L’objectif est d’ouvrir « une perspective littéraire et historique sur les caractéristiques de la littérature d’idées et sur le développement des médias de masse ». Cette mise en perspective passe par une articulation entre le temps long, celui des « grands débats sur les questions éthiques ou esthétiques » et le temps immédiat : « l’influence des moyens techniques modernes de communication de masse ». Le corpus doit être « un groupement de textes autour d’un débat d’idées, du XIXe au XXIe siècle (…) par exemple sur les questions éthiques, sociales ou sur les questions esthétiques liées à la modernité ». Dévoilement d’un récit de viol à l’agrégation Cet été, alors que je me demandais comment j’allai répondre à cette commande, j’ai pu suivre les développements d’un débat houleux autour du poème […]

Pour une histoire littéraire critique (Lu, vu, entendu)

Notes et réflexions sur la conférence de William Marx au Rendez-vous des Lettres 2019, sur l’histoire littéraire critique. https://www.canal-u.tv/video/eduscol/pour_une_histoire_litteraire_critique.49073 Les postulats de William Marx : L’intervention de William Marx au RDV des Lettres 2019 aborde trois questions : quelle dénomination pour les profs de littérature ? Quelles missions pour l’enseignement des lettres ? Quelle place pour l’histoire Littéraire dans l’enseignement et plus précisément, quelle histoire littéraire critique ? 1er temps : William Marx questionne donc le statut des professeur·es de littérature : sommes-nous des littéraires, des historien·nes de la littérature, des philologues, des passeurs et des passeuses de textes, de littérature ? Ces dénominations ont toutes leurs intérêts, et leurs limites. Mais, toujours, vigilance face au trop techniciste qui risque de faire périr le goût de la littérature chez les jeunes : la littérature doit « rester vivante » et « objet de plaisir, produire la joie et l’émotion de la curiosité et de la découverte ». 2ème temps : Quelles missions pour l’enseignement de […]

Notes de lecture: n°205 du Français Aujourd’hui, « Textes et gestes de la maternelle à l’université »

Le numéro 205 de la revue Le Français aujourd’hui, que nous chroniquons avec retard (mille excuses !), porte sur un sujet peu abordé dans une école héritière du recueillement religieux : ce qu’apprend le corps des élèves. Plus précisément, les articles de ce numéro présentent des pratiques qui lient l’art de lire, celui d’écrire et celui, peut-être moins attendu, de danser. On ne fera pas ici l’inventaire détaillé des pratiques décrites, mais on peut relever quelques invariants dès lors qu’il s’agit de faire danser en lettres. Le processus présente systématiquement un moment de lecture de textes, un moment d’observation d’une captation de danse, toujours contemporaine, et deux moments d’écriture : d’un texte et de phrases chorégraphiques. Danser un texte On peut noter aussi des régularités dans le choix des corpus : Beckett revient deux fois, en ULIS (Evelyne Clavier) et en FLE à l’université (Nathalie Borgé) tandis que la chorégraphe Maguy Marin apparait comme […]

Note de lecture : Winter is coming, Une brève histoire politique de la fantasy (W. Blanc)

Note de lecture : Winter is coming, Une brève histoire politique de la fantasy, par William Blanc, édition Libertalia, 2019. Les origines de la fantasy Le genre de la fantasy, ou du merveilleux en français, qu’il soit romanesque, cinématographique, ou sous la forme de séries à la télévision, est un genre particulièrement populaire et divertissant. Mais son succès peut aussi s’expliquer comme l’expression d’une peur ou d’un rejet du monde actuel et de la modernité. W. Blanc fait remonter cette aspiration à un ailleurs féerique au XIXe siècle, à l’époque de J. Ruskin ou W. Morris, lorsque le Moyen-Âge, sous l’impulsion du romantisme, revient à la mode. J. Ruskin célèbre le temps des cathédrales où chaque artisan était libre dans son travail, à l’opposé du monde du travail moderne basé sur la division du travail, et produisant des objets standardisés et sans imagination. Dans la continuité de ce penseur, W. Morris […]

Arpenter un livre

Parce que je ne sais pas si c’est difficile à lire quand on a 15 /16 ans, parce que je ne sais pas si ça va leur plaire, pour la 1ère séance sur Mémoires d’Hadrien, j’opte pour un arpentage, lecture collective et partagée. Je commence par expliquer comment l’arpentage est né fin 19e dans les écoles d’ouvriers syndicalistes et comment cette pratique a été réactivée dans les réseaux de résistance : l’idée principale est de lire collectivement un livre qui nous semble trop difficile à lire seul. Ensuite je divise le nombre de pages du livre par le nombre de personnes présentes. Ce matin chacun·e avait 12 pages soit 6 feuilles. Je déchire les pages pour les donner à chaque élève. Là les yeux leur sortent de la tête et moi j’aime bien leur dire qu’un livre ça se partage. Temps de lecture silencieux : ils peuvent souligner les pages, […]

Et si on écrivait sur les murs de la classe ? (suite et fin)

Résumé des deux épisodes précédents : un texte libre qui fait surgir le débat en 6e, sur les « trucs de filles » et les « trucs de garçons », sur les difficultés à être une fille. Une envie de faire dialoguer les élèves de toutes mes classes (6e, 5e, 3e). Un mur vide dans la salle. Voilà comment est né le mur des débats et comment il a pris vie grâce aux échanges entre les élèves, qui partagent leurs expériences, réfléchissent à leur quotidien pour le faire évoluer. Liens pour les lire : – épisode 1 – épisode 2 J’irai un peu plus vite dans les récits d’expérience, car il y aurait encore beaucoup à dire, et la saison consacrée au mur des débats prend fin… En voyant les affiches du premier débat décrochées, les 3e m’ont rappelé que c’était « leur tour » de proposer un sujet. Je leur ai donc demandé d’y réfléchir et de […]