Humanités, littérature et philosophie : un espace de liberté et d’émancipation

« Humanités, littérature et philosophie » : un enseignement plein de promesses. Quelques réflexions de Claire Tastet et Julien T.-Marsay, membres du collectif Lettres vives, qui enseignent cette discipline. 1-Pourquoi as-tu choisi (ou pas !) de prendre en charge cet enseignement ? Quelles envies, quels espoirs y mettais-tu ? Julien : Le choix a été conditionné par plusieurs facteurs. Primo, par une réalité toute prosaïque : les impératifs de la répartition de service. Deuxio, par un élan beaucoup plus idéologique : la facture du programme de français 1ère tronc commun qui induit un véritable rejet symbolique chez moi ! Je travaille énormément sur l’éclairage d’une autre Histoire littéraire que celle insufflée par la culture dite « légitime » : sur les autrices invisibilisées, sur les plumes décoloniales…. Dès lors, le programme du Bac français se pose comme l’antithèse de ma vision de la pédagogie des Lettres. Un programme orienté par cette histoire littéraire masculiniste héritée des jugements de Lanson […]

Redressons et rééduquons nos regards avec Iris Brey

Dans l’Histoire du cinéma, le male gaze est le regard majoritaire : il filme le corps comme un objet et non comme un sujet. C’est ce regard vertical qui, dès nos premiers coups d’œil à l’écran, nous a influencé·es sur notre façon de regarder les femmes, et donc de les considérer dans le monde. Ou plutôt nous a invité·es à justement ne pas les considérer voire à les déconsidérer, car il y a là enjeu de pouvoir : celui d’un regard de dominant, tout patriarcal. Le female gaze, lui, est le regard minoritaire. C’est ce regard horizontal qui saisit un sujet et non plus un objet. Le regard féminin, une révolution à l’écran, le livre d’Iris Brey se conclut sur la nécessité de « redresser nos regards » et, à Lettres Vives et Questions de classe(s), nous ne saurions que trop être d’accord. Redresser nos regards qui, depuis les débuts de l’Histoire du […]

L’EAF au creux de l’abîme

Il y a quelque temps le collectif a vu remonter, depuis plusieurs académies, des messages des corps d’inspection annonçant que les livres ne seraient pas autorisés pour la deuxième partie de l’épreuve. Voici quelques extraits : « L’Inspection générale nous a informés qu’un arbitrage juridique a été rendu concernant la possibilité du candidat d’apporter l’œuvre choisie pour la seconde partie de l’oral des EAF : du fait des risques de fraude, le candidat ne peut disposer, pour la première comme pour la deuxième partie de l’oral, que des documents mentionnés dans le texte réglementaire, à l’exclusion de tout ouvrage. Les arguments pédagogiques ont été présentés mais la question est désormais tranchée : le candidat n’est pas autorisé à se présenter à l’oral avec l’ouvrage qu’il a choisi de présenter. (Académie de Rennes) » « Afin de vous accompagner au mieux dans le cadre de votre enseignement et dans la préparation des élèves aux épreuves […]

Non, l’écriture inclusive n’est pas propagandiste !

Note : A l’heure qu’il est, la tribune à laquelle nous répondons apparaît « caviardée » sur le site de Marianne. Selon nos sources, il s’agit d’un bug. Nous avons conservé la version originale, c’est à cette dernière que nous répondons. Nous renvoyons aussi à deux autres réponses parues depuis : http://www.slate.fr/story/195341/ecriture-inclusive-tribune-marianne-academie-francaise-retour-peril-mortel https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/250920/au-dela-de-l-e-criture-inclusive-un-programme-de-travail-pour-la-linguistique-d-aujour À l’heure où le sexisme structurel ne se cache résolument plus comme en atteste le hashtag #14septembre (a), trente-deux linguistes progressistes ont choisi leur combat dans Marianne : s’insurger contre la malfaisante écriture inclusive, mère de tous les maux linguistiques contemporains ! Cette tribune, nous l’avons lue à Lettres Vives. À vingt hommes et douze femmes, tou·tes représentant de hautes instances académiques, nous nous attendions à ce que l’enthousiasme soit mesuré, nous n’avons pas été déçu·es.Cette tribune nous a posé quelques problèmes, à nous, qui refusons de considérer la langue comme une momie embaumée Les défauts d’une telle tribune Commençons par […]

Motion de soutien des professeur·es de Lettres aux collègues de Terminale

Les correcteurs de français réunis en AG le 8/07/2019 à Beaugency font la déclaration suivante : Nous ne siégeons pas au jury du bac mais nous apportons un soutien sans faille à nos collègues de terminale. Aussi bien ceux qui ont été en grève pour essayer, une fois de plus, de faire entendre leur hostilité partagée aux réformes du lycée et du baccalauréat que ceux qui se sont retrouvés à gérer des situations ubuesques dans les jurys du 4/07 dans le seul but de pouvoir afficher quelque chose le 5. En tant que professeurs d’une matière qui s’arrête en première et qui s’évalue de façon anticipée, nous sommes parfaitement conscients que la rétention de nos notes à nous ne gênerait que nos élèves. Cela ne signifie en aucun cas que nous sommes indifférents au mouvement qui a lieu. Les pratiques d’envois de SMS, de mails, à la limite du harcèlement, les […]

CONTRE UNE REFORME INHUMAINE, les Citrons pressés font le mur : tous à la fête du livre !

Des professeurs de français dans des lycées publics et privés de Vendée continuent de manifester leur mécontentement face à la réforme qui menace leur enseignement. Le 19 juin entre 16h00 et  16h30, place du théâtre à la Roche sur Yon, ils apporteront les nombreux manuels, anciens et nouveaux, envoyés par les éditeurs scolaires.Ces manuels seront ensuite donnés à des associations humanitaires récoltant des livres scolaires à des fins caritatives. Merci à vous, journalistes, de votre présence mercredi 19 juin pour relayer la parole des profs de français. Anne Mongodin pour le Collectif des Citrons pressés qui rassemble des professeurs de français de 15 lycées publics et privés de Vendée . Photo ci-dessous : A qui profite la réforme? Chaque prof de Lettres a reçu une collection écrasante de nouveaux manuels de français en vue de la rentrée. A la toise: 1,25 m. de manuels scolaires pour le français, à consulter […]

Grève des examens : soutien du collectif Lettres vives

Face à une situation totalement inédite d’attaques graves contre l’éducation (Loi Blanquer, Parcousup, réforme du bac et des programmes du lycée général, technologique et professionnel, etc.) et de mépris vis-à-vis des élèves, des familles et des personnels (et de leurs organisations syndicales et professionnelles), le collectif Lettres vives apporte tout son soutien au mouvement de grève du 17 juin et des jours suivants. Notre collectif, qui s’est constitué il y a un an pour défendre un autre enseignement du français, de la maternelle à l’université, inscrit son action dans la lutte pour une école publique égalitaire et émancipatrice. Nous attendons que le ministère réponde au plus vite aux revendications des personnels, au lieu de multiplier les tentatives d’intimidation et de casse du mouvement de grève. Si ce n’était pas le cas, il porterait seul la responsabilité de la non tenue des examens… le 8 juin 2019

Et si c’était à refaire ?

Enseigner, c’est un peu comme cultiver des arbres : on reçoit des individus déjà un peu formés, on s’en occupe quelques temps puis on les laisse à d’autres et on n’a que peu de moyen de mesurer l’importance et l’efficacité de ce qu’on a fait. Alors depuis longtemps, j’ai l’habitude de proposer à mes élèves de petits questionnaires en fin d’activité ou en fin d’année. D’abord, il s’agit de permettre aux élèves de mieux réaliser, mesurer ce qu’ils ont fait, appris et appris à faire. Ensuite, c’est un moyen pour moi d’avoir une idée ce que les élèves ont perçu, compris de ma démarche et ce qu’ils ont retenu de ce que nous avons fait ensemble. Et puis c’est aussi un moyen d’avoir des idées nouvelles grâce à leur regard sur les activités proposées. « Et si c’était à refaire ? » est donc toujours la dernière consigne. La première remarque est […]

Le français est à nous ! note de lecture

Le 4 mai prochain, à 19 heures, le collectif Lettres vives organise une rencontre avec Maria Candea et Laélia Véron à la librairie Libertalia (Montreuil). Entrée libre et gratuite. « Le français est à nous ! » ne veut pas être un simple slogan, mais l’invitation à entamer une démarche d’appropriation collective des débats sur la langue, ses usages et son enseignement. Une démarche d’émancipation. » Maria Candea et Laélia Véron « La langue comme champ de bataille » Rares sont les sujets qui suscitent autant de passions (très souvent tristes…) que la langue française et sa nécessaire « défense ». La question est régulièrement investie par une rhétorique réactionnaire qui en a fait l’un de ses champs de bataille privilégié (avec l’école, l’identité, etc., le tout se mêlant et s’emmêlant !). Ces déplorations sont portées par une mouvance « réac-publicaine » – aujourd’hui de plus en plus active – pour qui la décadence de la langue est le prélude à […]