Lecture de Michèle Petit, anthropologue : la lecture pour s’y reconnaître

Au hasard des réseaux sociaux, j’ai découvert les travaux, passionnants, de Michèle Petit, une anthropologue qui s’intéresse de près à la lecture et aux postures de lecteurs et de lectrices. Quelques remarques après la lecture de son article « Les Pays lointains de la lecture » et l’écoute de sa conférence « Lire pour se construire à l’adolescence : encore aujourd’hui ? ». Dans ses propos, plusieurs idées rejoignent les positions du collectif Lettres vives. Il y a tout d’abord l’opposition à une lecture que certain·e·s voudraient uniforme et voudraient imposer à tou·te·s : lire de la même manière, au même rythme, comprendre en appliquant une méthode unique, n’avoir qu’une seule interprétation d’un texte (celle de l’Académie, de l’institution, de l’enseignant·e, de l’adulte). Pour Michèle Petit, au contraire, il est essentiel de conserver et de cultiver une grande liberté de lecteur et de lectrice, dans la manière de lire, dans le choix des textes et dans leur […]

Lecture de Freinet sur l’enseignement du français

Lecture de Freinet sur l’enseignement du français dans les Instructions ministérielles de Jean Zay (24 septembre 1938) En italique les paroles de Freinet, en gras quelques-uns des extraits relevés par Freinet de ces instructions. En 1936, Freinet lance un appel, en écho au Plan d’Études qui vient de transformer les programmes de l’enseignement primaire en Belgique dans un numéro spécial de « L’Éducateur prolétarien » (n° 2, octobre 1936). En 1937, après avoir suivi le cheminement des Actes officiels qui « méthodiquement, sans bruit inutile, mais avec suite et décision, ont modifié si profondément sinon la pratique totale, du moins l’atmosphère de notre enseignement public », Freinet y voit la réalisation progressive du nouveau Plan d’Études Français qu’il réclamait. Le 24 septembre 1938, de nouvelles instructions ministérielles paraissent.  « Oh ! bien sûr, tout n’est pas parfait. Et nous ne nous ferons pas faute de souligner les faiblesses. Mais nous avons du moins, là, une charte précise, […]

Brevet des collèges 2018 : De quoi l’épreuve de français est-elle le nom ?

Après la note de février qui modifiait en partie les modalités de l’examen de français, nous étions très curieux de voir à quoi elles allaient ressembler. Nous n’avons pas été déçus. Les concepteurs du sujet ont sans doute eu à cœur de se conformer à l’esprit des préconisations diverses de notre ministre de tutelle. En lisant le sujet, nous avons été  transportés dans le passé : textes classiques, vision traditionnelle de l’école et de ses enseignants… tout y était. Nous avons lu un sujet qui aurait pu être proposé au milieu du siècle dernier. Un sujet fleurant bon les années 60 / un sujet passéiste Le texte était un extrait d’Uranus, de Marcel Aymé,  choix dont on peut questionner la validité au vu des IO. En effet, en quoi se coule-t-il dans le programme de l’année de Troisième ? Nulle satire, nul engagement, nulle vision poétique du monde, nulle écriture […]

Le « bon sens » comme retour à l’ordre pédagogique

Publiée hier, une interview commence à faire un peu parler d’elle : celle de Souâd Ayada, l’actuelle présidente du CSP, à la manœuvre dans les « ajustements de programme ». Si la semaine dernière nous essayons de voir ce qu’entre les lignes, ces modifications disaient du projet politique et pédagogique du ministère, dans cette interview, la présidente du CSP est explicite. Et ça fait peur. Il ne s’agit pas ici d’un soutien acritique aux programmes tels qu’ils sont aujourd’hui, mais de tenter de comprendre les opinions pédagogiques (et donc d’une certaine manière toujours politiques) des personnes aujourd’hui au pouvoir dans le champ de l’éducation. Le retour des « leçons » : un rappel à l’ordre pédagogique et social ? Dans les ajustements, une phrase m’avait interpellé sans que j’en comprenne les enjeux : « la leçon de grammaire et de vocabulaire […] doit être pratiquée dans le cadre de séances régulières ». Pourquoi préciser une telle évidence ? On le comprend […]

Des programmes ajustés

Après les quatre circulaires parues en avril 2018, personne ne peut être surpris par le contenu de ce projet d’ajustement des programmes élaboré par le nouveau Conseil supérieur des programmes pour répondre à la demande du ministre de « muscler » l’apprentissage des fondamentaux. Mais la procédure est étonnante : application dès la rentrée 2018 et temps très court laissé au Conseil supérieur de l’éducation qui se réunira mi-juillet. Quant à l’avis des enseignants, ce n’est pas un critère de choix ! Si les cycles rythment toujours ces nouveaux programmes, ils devraient être complétés par des « repères annuels » dans les semaines ou mois à venir… ce qui serait une manière de les mettre au placard. Ces « ajustements » sont très précis aussi bien dans l’énumération des compétences et connaissances à faire acquérir par l’enseignant que dans les exemples de situations, d’activités et d’outils pour l’élève. Serait-ce un nouvel espace de ressources pour […]

Sur le respect

Monsieur le Président Nous sommes enseignants. Nous travaillons quotidiennement avec des adolescents de 15 ans qui s’essaient à l’irrévérence pour mesurer les limites du monde. Autrement dit nous sommes en la matière ce qu’on pourrait appeler des experts. Le 18 juin vous avez interpellé publiquement un adolescent de 15 ans qui s’essayait à l’irrévérence pour mesurer les limites du monde, vous l’avez rabroué, puis vous n’avez pu vous empêchez d’enfoncer le clou par une formule qui revient à peu près à dire « passe ton bac d’accord », voire « allez petit, va jouer au ballon ». Vous avez publié la vidéo. Jusqu’au bout. Vous avez fait la leçon, devant tout le monde, sous l’œil des caméras. Soit. Les réactions n’ont pas tardé qui ont essentiellement dénoncé non pas tant le fait que vous ayez rabroué cet enfant que votre utilisation de cette scène à des fins de mise en scène de votre personnage […]

Que nous dit la réforme de l’enseignement professionnel ?

Priorité à l’enseignement professionnel, ou aux préoccupations économiques ? Jean-Michel Blanquer affirme que l’enseignement professionnel est sa 2ème priorité, après l’école primaire (1). Mais ses discours, notamment lors de la conférence « Transformer le lycée professionnel » du 28 mai 2018, ne vont pas dans ce sens. Ce qui frappe dans ses prises de parole, c’est en effet l’émiettement des préoccupations sur l’enseignement professionnel au profit d’une omniprésence du vocabulaire de l’économie et des entreprises : le ministre parle d’être « au plus près des réalités constatées par le monde économique » (2), de « dialogue permanent avec les milieux économiques » (1), ou encore de « faire de l’investissement économique qui est utile socialement » et « de l’investissement social qui est utile économiquement » (2). La réforme de la voie professionnelle prévoit ainsi un « travail en osmose plus forte avec les régions, avec le monde professionnel » (1), le ministre précisant que l’Education nationale aura son mot à dire, mais […]

Les auteurs de « fake news » ne sont pas toujours ceux qu’on croit.

Avec la loi, la chasse au « fake news » est ouverte. Il est clair qu’elles sont le fait d’individus malveillants qui trouvent des relais pour leur propagation parmi les barbares incultes qui peuplent nos banlieues. Et si les « fake news » étaient également le fait de très honorables intellectuels relayés par les plus honnêtes gens du monde ? Prenons l’exemple des « techniciens de surface ». Cette qualification aurait remplacé celle de « balayeur », le « politiquement correct » interdisant une appellation méprisante à l’égard de pauvres bougres incapables de faire davantage que manier le balai. Alain Finkielkraut, élu depuis à l’Académie française, a beaucoup fait pour ridiculiser le « politiquement correct » avec cette anecdote. Rappelons que le « politiquement correct » a été bâti aux USA en même temps que la « discrimination positive » (ou « affirmative action ») qui imposait aux universités d’accueillir un quota d’étudiants issus des « minorités visibles », comme on dit de ce côté-ci de l’Atlantique. Il ne suffit […]

L’uniforme à l’école : une idée pleine de bons sentiments…

Suite à une consultation organisée fin mai et début juin, par la municipalité de Provins, les parents se sont exprimés pour le port de l’uniforme dans les écoles publiques de la ville. Sur 609 familles, 379 se sont exprimées, dont 234 pour. Donc, dès la rentrée des vacances d’automne en novembre 2018, les jeunes élèves porteront la tenue provinoise, de couleur bleue (marine), avec un blason où figure l’inscription de la devise de la république. Il s’agissait d’une promesse du nouveau maire, Olivier Jablonka ayant succédé à Christian Jacob en 2017. La démocratie semble avoir triomphé puisque les parents ont choisi et que le journal titre « les parents valident l’uniforme scolaire ». Une bonne réponse aux pourfendeurs du cinquantenaire de 68 qui pourrait éventuellement faire sourire ? Sauf qu’elle concerne les enfants des écoles publiques de la ville. On est en droit de se demander ce qu’il va se […]

Limay (78) : Projection et rencontre 15/06 – Une journée dans la classe de Sophie

En partenariat avec la librairie La Nouvelle Réserve, le collectif « Questions de classe(s) : panser l’école »(1) vous invite à la projection du film « Une Journée dans la classe de Sophie ».Cette projection aura lieu le vendredi 15 juin 2018 à partir de 19h30 à la librairie La Nouvelle réserve (5 rue du Maréchal Foch, 78520 Limay).Elle sera suivie d’une rencontre avec Sophie Billard, l’enseignante, et Claire Lebrun, la réalisatrice.   (1) « Questions de classe(s) : panser l’école » est un collectif pédagogique situé dans le Mantois, né de l’envie (et du besoin !) de se réunir en-dehors de l’institution, pour échanger sur nos pratiques de classe et les faire évoluer. Plutôt que de subir notre métier, de nous laisser entraîner par les discours négatifs ambiants sur l’école, nous avons eu envie de nous fédérer pour entrer dans une dynamique constructive et créatrice… Panser l’école