Ça suffit !

Mais qu’arrive-t-il à notre ministre avec le français ?  Donc voilà une crise majeure, inédite, qui demande de l’imagination dans ses réponses. Passons sur le bac en contrôle continu et sur la foire qui va en découler. Mais en français, la seule réponse aux inquiétudes quant aux épreuves anticipées c’est, encore une fois, une variation du nombre de textes. C’est un non sens, littéralement. De quoi le maintien de l’oral de l’EAF est-il le nom ? D’un mépris particulier envers les professeur·es de lettres, leur santé, leur travail ? Ou des élèves de première déjà rudement mis à l’épreuve par la réforme et les E3C ? D’une certaine représentation idéologique de notre discipline ? Est ce à dire que le français n’existe que par le bachotage et donc que sans le bac il s’écroule ? Que l’imaginaire pédagogique de certain·es est limité ! Encore un fois le quantitatif plutôt que […]

Polanski, objet pédagogique

Après avoir publié deux témoignages de pratique liés à la question de la domination masculine, le collectif ne pouvait pas rester indifférent aux enjeux pédagogiques autour du film de Roman Polanski, J’Accuse. Voici donc notre contribution collective à la question. Le film J’Accuse, de Roman Polanski, est un objet pédagogique de fait : il a fait l’objet de dossiers pédagogiques nombreux proposés à l’ensemble des professeurs1 et d’une politique de diffusion auprès des publics scolaires (séances dédiées, etc.). Il fait aussi partie de la sélection pour le prix Jean Renoir, un prix de cinéma remis par un jury de lycéen·nes. Or, on sait que le contexte de création de ce film dérange de nombreuses personnes, mouvements et organisations. Le cinéaste Roman Polanski est publiquement accusé de viol et d’agression sexuelle par une dizaine de femmes, dont la plupart avait, au moment des faits mentionnés, l’âge de nos élèves. Ce contexte […]

Genèse de la cartographie d’une controverse en Lettres 

Cristallisations et crispations. À l’excès. Tel est aujourd’hui l’état des comportements réels et, a fortiori virtuels, qui guident les polémiques de la société. #GretaThunberg, #LeVoile, la #PMApourtoutes : on compte à l’envi les #hastags qui suscitent des joutes toujours plus tranchées, des oppositions toujours plus binaires sur les réseaux sociaux. Des camps s’affrontent avec virulence et bien souvent l’argumentation construite côtoie des torrents de haine ad personam. Outre les compétences d’analyse de la langue et du discours qu’offrent en soi les Lettres, se pose la question de démarches de cours qui pourraient permettre aux élèves d’aiguiser leur champ réflexif et de saisir la dynamique d’une controverse avec nuance et hauteur de vue. Leur donner au mieux des clés pour décrypter une rixe argumentative. La cartographie des controverses a été conceptualisée en 2008 par le chercheur Bruno Latour, mise en œuvre à l’école des Mines, puis à Sciences Po et dans le […]

L’art et les violences sexuelles : une tentative d’usage critique des nouveaux programmes en lycée

Les nouveaux programmes du lycée prévoient, pour la classe de seconde, un objet d’étude intitulé : « La littérature d’idées et la presse du XIXe siècle au XXIe siècle ». L’objectif est d’ouvrir « une perspective littéraire et historique sur les caractéristiques de la littérature d’idées et sur le développement des médias de masse ». Cette mise en perspective passe par une articulation entre le temps long, celui des « grands débats sur les questions éthiques ou esthétiques » et le temps immédiat : « l’influence des moyens techniques modernes de communication de masse ». Le corpus doit être « un groupement de textes autour d’un débat d’idées, du XIXe au XXIe siècle (…) par exemple sur les questions éthiques, sociales ou sur les questions esthétiques liées à la modernité ». Dévoilement d’un récit de viol à l’agrégation Cet été, alors que je me demandais comment j’allai répondre à cette commande, j’ai pu suivre les développements d’un débat houleux autour du poème […]

Pratiques de la langue en classe

Si la dictée obsède les tenant·es du « bien parler » et du « les élèves ne savent plus écrire », elle ne résume pas à elle seule – loin s’en faut – l’extrême vivacité qui caractérise la pratique de la langue en classe et qui constitue, il faut bien le dire, une préoccupation importante des enseignant·es de Lettres. Comment s’y prendre ? Quelle terminologie utiliser ? Quel degré de finesse exiger ? … Mais surtout, travailler la langue, mais pour quoi faire ? Quelles visées y mettre, et quelle éthique ? 1ère partie : les écueils de « la langue pour la langue » Des séances de langue décrochées ; un cours de grammaire « digne de ce nom », avec la leçon, les exercices d’application ; des livrets d’exercices de grammaire qui foisonnent depuis 4 ou 5 ans en collège, de l’étiquetage au brevet, et maintenant, à l’oral du bac, une « question de grammaire » qui « vise l’analyse syntaxique d’une courte phrase ou d’une […]

Enseigner les Lettres dans l’École inclusive

Entretien avec Isabelle Ducos-Filippi, professeure de Lettres Classiques spécialisée dans l’ASH (adaptation scolaire pour la scolarisation d’élèves en situation de handicap). 1. Tu as à cœur de diffuser des informations et des pratiques autour de l’ASH, pour mieux sensibiliser les enseignant·es et aider à mieux accompagner les élèves : comment en es-tu arrivée là? Je crois que tout a commencé lors de ma première affectation, en 1986. Je venais d’avoir le concours en lettres classiques et, j’ai été nommée, loin de ma banlieue parisienne dans un collège de l’académie de Rouen où il y avait un nombre très important d’élèves allophones. Quand je suis arrivée pour prendre mon poste, j’ai eu la surprise de voir que mon service était partagé pour moitié en histoire-géo et pour moitié sur une classe de CPPN (Classes Pré-Professionnelles de Niveau) sur 24h / semaine… Pas de français, pas de latin , pas de grec… […]

Le collectif Lettres Vives participe à la journée de l’AFEF sur les programmes du lycée

L’AFEF (Association Française pour l’Enseignement du Français) a proposé au collectif de participer à une journée sur les nouveaux programmes du lycée. Cette journée aura lieu le samedi 30 novembre, elle est sur inscription. Voici la page de présentation sur le site de l’AFEF : http://www.afef.org/nouveaux-programmes-de-francais-au-lycee-comment-faire-pour-quoi Voici le lien pour s’inscrire : https://www.afef.org/afef-rencontres Nous avons évidemment accepté sans hésitation, avec enthousiasme même. Voici pourquoi. C’est notre première apparition dans un cadre institutionnel, ce qui vaut pour nous reconnaissance de notre nécessité. Cela suffirait. Mais cela nous engage, en particulier dans l’obligation de préciser la place que nous entendons occuper dans la réflexion sur l’enseignement du français. L’AFEF est une association ancienne, fondée en 1967 elle est la plus ancienne des associations professionnelles de professeurs de lettres. Elle a donc une histoire, qui se joue par exemple dans la répartition des corps d’enseignant·es représentés : parfois le secondaire domine, parfois l’élémentaire. A l’heure actuelle, […]

Pour une ortografe qui vive ! Entretien avec Maria Candea, linguiste

Maria Candea est docteure en linguistique et maitresse de conférence à l’université. Elle a co-écrit avec Laélia Véron Le Français est à nous ! Petit manuel d’émancipation linguistique (édition La Découverte). Nous l’avons rencontrée en mai et depuis, au fil des échanges et des projets, Maria a intégré le collectif Lettres vives. Elle répond ici à quelques questions autour de l’orthographe et de sa nécessaire réforme. 1- Pour certain·es, la maitrise de l’orthographe est symbole de culture, d’instruction et même de distinction de classe. Partages-tu ces représentations ? Quels sont, selon toi, les enjeux de la maitrise de l’orthographe ? Symbole de culture,sans doute, mais indice fiable certainement pas : on peut avoir une très grande culture, dans de nombreux domaines, et avoir des soucis avec l’orthographe. Cela est vrai maintenant, car il est extrêmement fréquent que des personnes longuement scolarisées et éduquées soient en insécurité par rapport à leur orthographe, et cela a […]

Revue de presse, octobre 2019

Lu, vu, entendu ou écrit par des membres du collectif Lettres vives : Une sortie : Les langues-cultures, coordonné par Martine Boudet. « L’actualité le montre : les recompositions géopolitiques à la faveur de la mondialisation et de la médiatisation des échanges, mais aussi de la crise du système néolibéral, suscitent un regain des aspirations identitaires. Si, en négatif, celles-ci se traduisent par des nationalismes xénophobes voire guerriers, les formes démocratiques et progressistes, notamment sur le terrain régional, sont, elles aussi, bien réelles. […] » http://www.editions-croquant.org/component/mijoshop/product/550-les-langues-cultures D’actualité avec l’exposition de la BNF autour de l’œuvre de Tolkien, une note de lecture sur Winter is coming – une brève histoire politique de la fantasy, par William Blanc. Quelles origines au genre de la fantasy ? Quels sens politiques ? Quelles interprétations à l’œuvre de Tolkien et à son adaptation ? Note de lecture d’Alix Labrousse. Notes de lecture: n°205 du Français Aujourd’hui, « Textes et gestes de la maternelle à […]

Pour une histoire littéraire critique (Lu, vu, entendu)

Notes et réflexions sur la conférence de William Marx au Rendez-vous des Lettres 2019, sur l’histoire littéraire critique. https://www.canal-u.tv/video/eduscol/pour_une_histoire_litteraire_critique.49073 Les postulats de William Marx : L’intervention de William Marx au RDV des Lettres 2019 aborde trois questions : quelle dénomination pour les profs de littérature ? Quelles missions pour l’enseignement des lettres ? Quelle place pour l’histoire Littéraire dans l’enseignement et plus précisément, quelle histoire littéraire critique ? 1er temps : William Marx questionne donc le statut des professeur·es de littérature : sommes-nous des littéraires, des historien·nes de la littérature, des philologues, des passeurs et des passeuses de textes, de littérature ? Ces dénominations ont toutes leurs intérêts, et leurs limites. Mais, toujours, vigilance face au trop techniciste qui risque de faire périr le goût de la littérature chez les jeunes : la littérature doit « rester vivante » et « objet de plaisir, produire la joie et l’émotion de la curiosité et de la découverte ». 2ème temps : Quelles missions pour l’enseignement de […]