Sur le respect

Monsieur le Président Nous sommes enseignants. Nous travaillons quotidiennement avec des adolescents de 15 ans qui s’essaient à l’irrévérence pour mesurer les limites du monde. Autrement dit nous sommes en la matière ce qu’on pourrait appeler des experts. Le 18 juin vous avez interpellé publiquement un adolescent de 15 ans qui s’essayait à l’irrévérence pour mesurer les limites du monde, vous l’avez rabroué, puis vous n’avez pu vous empêchez d’enfoncer le clou par une formule qui revient à peu près à dire « passe ton bac d’accord », voire « allez petit, va jouer au ballon ». Vous avez publié la vidéo. Jusqu’au bout. Vous avez fait la leçon, devant tout le monde, sous l’œil des caméras. Soit. Les réactions n’ont pas tardé qui ont essentiellement dénoncé non pas tant le fait que vous ayez rabroué cet enfant que votre utilisation de cette scène à des fins de mise en scène de votre personnage […]

Que nous dit la réforme de l’enseignement professionnel ?

Priorité à l’enseignement professionnel, ou aux préoccupations économiques ? Jean-Michel Blanquer affirme que l’enseignement professionnel est sa 2ème priorité, après l’école primaire (1). Mais ses discours, notamment lors de la conférence « Transformer le lycée professionnel » du 28 mai 2018, ne vont pas dans ce sens. Ce qui frappe dans ses prises de parole, c’est en effet l’émiettement des préoccupations sur l’enseignement professionnel au profit d’une omniprésence du vocabulaire de l’économie et des entreprises : le ministre parle d’être « au plus près des réalités constatées par le monde économique » (2), de « dialogue permanent avec les milieux économiques » (1), ou encore de « faire de l’investissement économique qui est utile socialement » et « de l’investissement social qui est utile économiquement » (2). La réforme de la voie professionnelle prévoit ainsi un « travail en osmose plus forte avec les régions, avec le monde professionnel » (1), le ministre précisant que l’Education nationale aura son mot à dire, mais […]

Les auteurs de « fake news » ne sont pas toujours ceux qu’on croit.

Avec la loi, la chasse au « fake news » est ouverte. Il est clair qu’elles sont le fait d’individus malveillants qui trouvent des relais pour leur propagation parmi les barbares incultes qui peuplent nos banlieues. Et si les « fake news » étaient également le fait de très honorables intellectuels relayés par les plus honnêtes gens du monde ? Prenons l’exemple des « techniciens de surface ». Cette qualification aurait remplacé celle de « balayeur », le « politiquement correct » interdisant une appellation méprisante à l’égard de pauvres bougres incapables de faire davantage que manier le balai. Alain Finkielkraut, élu depuis à l’Académie française, a beaucoup fait pour ridiculiser le « politiquement correct » avec cette anecdote. Rappelons que le « politiquement correct » a été bâti aux USA en même temps que la « discrimination positive » (ou « affirmative action ») qui imposait aux universités d’accueillir un quota d’étudiants issus des « minorités visibles », comme on dit de ce côté-ci de l’Atlantique. Il ne suffit […]

L’uniforme à l’école : une idée pleine de bons sentiments…

Suite à une consultation organisée fin mai et début juin, par la municipalité de Provins, les parents se sont exprimés pour le port de l’uniforme dans les écoles publiques de la ville. Sur 609 familles, 379 se sont exprimées, dont 234 pour. Donc, dès la rentrée des vacances d’automne en novembre 2018, les jeunes élèves porteront la tenue provinoise, de couleur bleue (marine), avec un blason où figure l’inscription de la devise de la république. Il s’agissait d’une promesse du nouveau maire, Olivier Jablonka ayant succédé à Christian Jacob en 2017. La démocratie semble avoir triomphé puisque les parents ont choisi et que le journal titre « les parents valident l’uniforme scolaire ». Une bonne réponse aux pourfendeurs du cinquantenaire de 68 qui pourrait éventuellement faire sourire ? Sauf qu’elle concerne les enfants des écoles publiques de la ville. On est en droit de se demander ce qu’il va se […]

Limay (78) : Projection et rencontre 15/06 – Une journée dans la classe de Sophie

En partenariat avec la librairie La Nouvelle Réserve, le collectif « Questions de classe(s) : panser l’école »(1) vous invite à la projection du film « Une Journée dans la classe de Sophie ».Cette projection aura lieu le vendredi 15 juin 2018 à partir de 19h30 à la librairie La Nouvelle réserve (5 rue du Maréchal Foch, 78520 Limay).Elle sera suivie d’une rencontre avec Sophie Billard, l’enseignante, et Claire Lebrun, la réalisatrice.   (1) « Questions de classe(s) : panser l’école » est un collectif pédagogique situé dans le Mantois, né de l’envie (et du besoin !) de se réunir en-dehors de l’institution, pour échanger sur nos pratiques de classe et les faire évoluer. Plutôt que de subir notre métier, de nous laisser entraîner par les discours négatifs ambiants sur l’école, nous avons eu envie de nous fédérer pour entrer dans une dynamique constructive et créatrice… Panser l’école

Marseille: Rencontre avec Noëlle de Smet

« La pédagogie n’étant jamais neutre, je sais que ma pratique sera celle qu’elle est en fonction de choix ; préparer les jeunes à occuper leur place dans la société ou les préparer à la transformer en transformant déjà le plus petit et le plus proche. Leur faire assimiler l’idéologie dominante ou les rendre critiques et autonomes vis-à-vis d’elle. Ce choix se fait tous les jours ; parfois à propos de détails. » Tels sont les mots placés en exergue sur Lettres vives, écrits par Noëlle de Smet dans Au Front des classes – Face à la classe, aux côtés des élèves, dans les luttes sociales (Edition Cgé). »La pédagogie [n’est] jamais neutre » : elle est toujours liée à une vision politique, à des choix qui prennent en compte l’origine des élèves, leurs conditions de vie, leurs apprentissages dans et hors l’école, leur capacité critique… afin que ces élèves se libèrent de toute domination, deviennent […]

« Béééé éhaaa… Bâ ! » : quand maman parlait une langue étrangère…

Je suis entrée à l’école primaire à plus de six ans, sans passer par la case « école maternelle ». Née en 1940, j’étais très protégée par mes parents. Nous vivions à Paris et il y avait des alertes si nombreuses que la course dans les abris devenait un exercice presque quotidien. Mon père et ma mère avaient donc décidé de me garder près d’eux le plus longtemps possible. Cependant, avant de me confier à l’école républicaine, ils ont voulu me préparer aux premiers apprentissages. Je semblais être une petite fille sensée, curieuse et intéressée et cela n’aurait pas dû poser de problèmes. Malheureusement, le résultat n’a pas été à la hauteur des espoirs de mes parents. Je revois encore la scène. Maman vient vers moi, un sourire bienveillant aux lèvres et dans un climat de confiance partagée. Elle prend mes mains dans les siennes, s’assied en face de moi. L’heure semble […]

Lu, vu, entendu… Quelques lectures à partager

Le collectif Lettres vives se veut aussi un espace de ressources et de veille de l’actualité de l’enseignement du français mais aussi de l’éducation en général. Nous proposerons régulièrement des documents, des infos, des réflexions, des ressources, des supports pédagogiques qui ont retenu notre attention et qui nous semblent dignes d’intérêt. Les textes présentés dans cette rubrique ne sont donc pas des positions du collectif mais des éléments pour contribuer au débat. « Et dire que c’est à des gens comme vous qu’on confie l’avenir de nos enfants… » Sur le blog L’Instit’humeur un billet très motivant qui part d’un cas très précis d’une prétendue erreur d’orthographe reprochée à l’auteur… une erreur qui n’en est pas une en réalité mais qui permet de questionner notre rapport collectif à l’orthographe et à l’écriture en général… à lire ! L’anecdote remonte à quelques jours. Un internaute venait manifestement de lire un de […]

Une note bien dans la ligne

« Il faut que tout change pour que rien ne change » G. T. di Lampedusa, Le Guêpard. Le Conseil Supérieur des Programmes a donc publié une « Note d’analyses et de propositions sur les programmes du lycée et sur les épreuves du baccalauréat ». Celle-ci vient en réponse à un courrier du ministre, publié en annexe, et fixe un cadre très précis : celui de la réforme, déjà annoncée, du baccalauréat et de l’organisation du lycée. La mission du CSP est donc de refonder à la fois les programmes d’enseignements et le contenu des épreuves du bac. La note présente un statut plutôt imprécis : elle aurait pour but, selon ladite lettre, de poser « les premiers jalons du travail à venir », entendre l’écriture des programmes applicables à la rentrée 2021. Toutefois, on relève que cette note formule « des propositions concernant les ajustements éventuels à apporter aux programmes de la classe de seconde à la rentrée […]

La dictée n’est pas ce qu’on veut nous faire croire

Lorsque Jean-Michel Blanquer évoque la dictée quotidienne comme un remède indispensable, il sait que pour les parents, les grands-parents… pour une très grande partie de la population, cet exercice est auréolé de vertus comme l’est une potion pour bien grandir, même si elle est désagréable au goût – comme l’était l’huile de foie de morue.En effet, pour beaucoup d’entre eux, la dictée était source de peine, de souffrance, voire de honte. Le zéro était bien partagé, cinq fautes suffisaient ! Le stylo rouge du maître ou de la maîtresse d’école n’était pas indulgent, il rayait sans pitié et écrivait le zéro d’un geste rageur. Des lignes des mots mal orthographiés s’en suivaient. La dictée parle donc à tout le monde !Mais les élèves aux dictées à zéro ou à une faute étaient-ils meilleurs en orthographe ?Guère plus que les autres, car dans leurs écrits personnels, ils n’appliquaient guère les règles grammaticales et oubliaient les mots […]