Les prénoms : du rejet au désir de (re)connaître

« Madame, on prend une feuille simple ou une feuille double pour le contrôle ? » A question banale, réponse banale : « Une feuille double ou deux feuilles simples, ça n’a pas d’importance ». Mais voilà, suivent des rires étouffés, des coups d’œil complices et moqueurs glissés vers les uns et les autres. Quelque chose m’échappe. Devant mon air interrogateur, certains m’expliquent ce qui les amuse : « ben en fait, madame, vous avez dit  » ça n’a pas d’importance ». C’est comme « Sana » ». Sana étant le prénom d’une des élèves de la classe, qui me sourit en me disant « C’est pas grave, madame, j’ai l’habitude ». La plaisanterie est douteuse, certes, même si fréquente chez les adolescents. Je décide cependant de prendre le temps de la réflexion avant de gérer cet incident car il me paraissait assez symptomatique d’un ensemble d’élèves ayant des difficultés à vivre ensemble. Dès le mois de septembre, j’avais effectivement senti une ambiance particulière dans […]

Lettres vives au Salon Freinet le 6 octobre à Paris

Plusieurs membres du collectif Lettres vives seront présent·e·s le samedi 6 octobre au Salon Freinet à Paris. Tout d’abord, de 16h à 17h, pour participer à l’atelier de témoignages et d’échanges autour du thème  « Lecture, culture, liberté : y a-t-il péril en la demeure? ». Ensuite, de 17h15 à 18h30, avec Catherine Chabrun et Laurent Ott, pour une table ronde portant sur le même thème.   Nous vous attendons nombreuses et nombreux!

Enseigner la conjugaison comme un système

Les pistes explorées dans cette proposition ont commencé à prendre forme dans mon esprit pendant les cours de Jacqueline Authier-Revuz. Elle sut nous donner les cartes pour explorer les réseaux fascinants de la construction du sens, hommage lui soit ainsi rendu. Le système verbal de la langue française Nous autres, enseignants le français, avons beaucoup de chance : le système verbal de la langue française est profondément cohérent. Une grammaire qui fait autorité depuis sa parution, la Riegel Pellat Rioul, propose une distribution en formes simples et composées. Voici comment sont décrites les formes simples : elles sont « constituées, à tous les modes, d’un radical et d’une désinence soudées ». Les formes composées sont quant à elles décrites comme suit : « Quand l’auxiliaire employé est le verbe être ou le verbe avoir, associés à un participe passé, on parle de formes composées (ou temps composés) du verbe, par opposition aux formes simples. » Dans La […]

1er bilan du collectif

Un bilan du collectif après presque 5 mois de fonctionnement : 1/ Les textes publiés : 27 contributions depuis le mois de mai Des textes variés : – des communiqués du collectif ainsi que des contributions individuelles – sur des sujets d’actualités, sur les examens, sur les programmes, les réformes ou sur des rdv à ne pas manquer – sur des choses lues, vues, entendues. 2/ Les chantiers en cours : n’hésitez pas à vous signaler pour participer aux différents chantiers. Il est toujours temps de nous rejoindre ! (1) – Un groupe travaille sur le bac, version Lettres vives : qu’attend-on des sujets du bac, pourquoi… ? – Un groupe travaille sur le journal de bord côté prof, côté élèves – Le 6 octobre, pour le salon de la pédagogie Freinet, le Collectif Lettres vives participera à la table ronde « Lecture, culture, liberté : y a-t-il péril en la demeure ? ». 3/ Les chantiers et contributions possibles : Mise […]

Étudier la poésie (1)

Étudier la poésie (1) : Strophes pour se souvenir, de Louis Aragon De la « récitation » traditionnelle dès le primaire jusqu’au commentaire composé au lycée général, la poésie occupe une place variable mais non négligeable dans l’enseignement du français, à travers la mémorisation et l’étude de poèmes ou de textes poétiques, et trop rarement leur production. Pourtant le travail sur et avec la poésie est souvent peu défini dans sa spécificité, s’attachant au contenu du texte plus qu’à sa forme, en dehors de la reconnaissance des normes classiques : décompte des syllabes des vers et typologie des rimes. Or étudier un poème devrait consister avant tout à montrer ce qui, précisément, en fait un poème, et non un simple texte au contenu poétique. C’est à une réflexion sur cet aspect de l’étude de la poésie que s’attache le texte joint ci-dessous, offrant quelques pistes à partir du poème de Louis Aragon intitulé Strophes […]

Du participe passé…

Suite à La Tribune parue le 2 septembre dans Libération, je tiens à apporter quelques éclaircissements et informations supplémentaires sur l’aventure du fameux accord du participe passé qui fait couler beaucoup d’encre et  embarrasse autant les élèves que les enseignants depuis des décennies ! Sans oublier les journalistes dont l’embarras a pu faire l’objet d’un ouvrage ! Tout d’abord j’aimerais rétablir la vérité sur l’origine et la diffusion des recherches concernant cette particularité de l’orthographe du français. Dès les années 80, Henri Bassis proposait déjà dans les stages du GFEN (Groupe Français d’Éducation Nouvelle) de faire d’abord construire  par les enfants la valeur adjectivale du participe passé dans le but de redonner sens à son accord, celui d’un adjectif qualificatif. Mais ce premier pas s’apparentait encore  davantage à une recette dans le sens où il permet  de faciliter le « comment » accorder tous les participes passés, qu’ils soient employés […]

Ouvrir des brèches – Des cours sans entonnoir

Je me suis durant toute ma carrière efforcé de briser le modèle d’enseignement que j’appelais « de l’entonnoir », où un enseignant détenteur du savoir le déverse dans les cerveaux des élèves censés le recevoir. J’ai donc constamment cherché à ouvrir des brèches dans ce système transmissif et mis en place, en particulier, de nombreuses démarches d’enseignement mutuel : faire traiter des parties du cours ou du programme par les élèves, sous forme de comptes rendus de lectures, d’échange d’arguments préparés sur un sujet donné, de présentation et d’explication de textes, d’exposés après recherches, qui étaient conçus pour apporter réellement des connaissances à leurs camarades, etc. Lorsque le programme, très prégnant surtout en lycée, s’y prêtait, je présentais aux élèves le travail prévu pour une période donnée – les textes officiels parleront plus tard de « séquences didactiques » –, les objectifs à atteindre et je les laissais organiser et se partager le […]

Libre expression vs liberté d’expression ?

Pleines de bonnes intention dans leur souci de ne pas laisser l’élève passif ou réduit au rôle de perroquet de la leçon magistrale, nombre de pratiques pédagogiques qui se veulent « alternatives » ont mis en avant le fait de laisser l’élève s’exprimer spontanément, ou même de pousser l’enfant à faire part de son vécu, de son ressenti, de ses impressions et émotions. Il faut que « ça parle », comme le répétait Françoise Dolto après Lacan. Et les sujets proposés aux élèves en rendent compte depuis le traditionnel « racontez vos vacances » jusqu’à « évoquez un souvenir » en passant par « faites part de votre réaction ». Enseignant encore débutant, j’ai un jour de septembre voulu savoir, afin d’organiser au mieux mon enseignement, de quoi étaient capables, en matière d’écriture, les élèves de quatrième avec lesquel-le-s j’allais passer l’année (ce qu’on appellera plus tard une évaluation diagnostique). Je leur ai donc demandé de raconter par écrit un […]

Sur Les Emotions démocratiques, de Martha Nussbaum

Sur Les Emotions démocratiques, de Martha Nussbaum « Donnez-moi des armes », Léo Ferré.                 Le débat autour de l’éducation est si féroce qu’on se sent parfois un peu perdu face à la virulence des arguments des réac-publicains. Conscients pourtant de la nécessité d’une école émancipatrice et intégratrice, me voilà régulièrement en recherche d’arguments et de légitimité. Le livre de Martha Nussbaum, Les Emotions démocratiques, sera désormais pour moi, à ce titre, une source précieuse. Selon Martha Nussbaum, l’école souffre dans les pays démocratiques (elle s’appuie surtout sur les USA et l’Inde, mais ne s’interdit pas d’autres références) de ce qu’on pourrait appeler une crise du sens : à un objectif de formation des citoyens se substitue un objectif de profit économique immédiat pour les états. Ce phénomène conduit à un effacement progressif de l’enseignement des arts et des humanités. Or, affirme-t-elle, ces enseignements apportent ce qu’elle nomme les « capacités démocratiques » qui se […]

Lecture de Michèle Petit, anthropologue : la lecture pour s’y reconnaître

Au hasard des réseaux sociaux, j’ai découvert les travaux, passionnants, de Michèle Petit, une anthropologue qui s’intéresse de près à la lecture et aux postures de lecteurs et de lectrices. Quelques remarques après la lecture de son article « Les Pays lointains de la lecture » et l’écoute de sa conférence « Lire pour se construire à l’adolescence : encore aujourd’hui ? ». Dans ses propos, plusieurs idées rejoignent les positions du collectif Lettres vives. Il y a tout d’abord l’opposition à une lecture que certain·e·s voudraient uniforme et voudraient imposer à tou·te·s : lire de la même manière, au même rythme, comprendre en appliquant une méthode unique, n’avoir qu’une seule interprétation d’un texte (celle de l’Académie, de l’institution, de l’enseignant·e, de l’adulte). Pour Michèle Petit, au contraire, il est essentiel de conserver et de cultiver une grande liberté de lecteur et de lectrice, dans la manière de lire, dans le choix des textes et dans leur […]