Comment la grammaire se vit-elle dans nos classes ? (2)

Il en est qui considèrent que l’enseignement de la grammaire doit être strictement descendant, magistral et impressionnant, avec le souci du technicisme et de la norme figée et inaltérable. Le ministre Blanquer en fait partie avec, dernièrement, l’absurde volonté d’interdire officiellement l’usage de la langue inclusive ! Il en est, comme le collectif Lettres vives, qui pensent que l’enseignement de la grammaire doit suivre la vie et l’évolution de la langue, qu’il est mises en expériences et questionnements, libertés par rapport aux normes et aux contraintes, curiosité face aux langues. Nos expériences en classe nous montrent l’extrême diversité de nos pratiques et la nécessité – la joie ! – à partir davantage des interrogations et relations des élèves à la langue que de cours plaqués et enfermants. Vous trouverez les premiers récits ici En voici d’autres, qui suivent une direction différente encore. Car les membres du collectif Lettres vives publient leurs pratiques […]

Comment la grammaire se vit-elle dans nos classes ? (1)

Il en est qui considèrent que l’enseignement de la grammaire doit être strictement descendant, magistral et impressionnant, avec le souci du technicisme et de la norme figée et inaltérable. Le ministre Blanquer en fait partie avec, dernièrement, l’absurde volonté d’interdire officiellement l’usage de la langue inclusive ! Il en est, comme le collectif Lettres vives, qui pensent que l’enseignement de la grammaire doit suivre la vie et l’évolution de la langue, qu’il est mises en expériences et questionnements, libertés par rapport aux normes et aux contraintes, curiosité face aux langues. Nos expériences en classe nous montrent l’extrême diversité de nos pratiques et la nécessité – la joie ! – à partir davantage des interrogations et relations des élèves à la langue que de cours plaqués et enfermants. En voici quelques récits… En guise d’introduction…(témoignage de Marie-Claude) La phase qui piquait, nous la devions à Rousseau, dans l’incipit des Confessions :  « Je n’ai […]

Le théâtre, le corps et l’émancipation — Entretien avec Nicolas Joray.

1. Tu enseignes le théâtre en Suisse, dans une « école de culture générale ». Peux-tu nous en dire plus sur le fonctionnement de ces écoles, en particulier à qui est destiné ou qui choisit de suivre le cours de théâtre? Il s’agit d’une école publique destinée aux adolescent·es qui sortent de l’école obligatoire, lorsqu’ils et elles ont 16 ans environ. La formation prépare à l’entrée dans des hautes écoles des domaines de la santé, du travail social ou des arts. On y dispense durant trois ou quatre ans une formation de culture générale. Mes élèves deviendront donc par exemple enseignant·es du degré primaire, infirmier·ères, artistes, éducateur·trices, ergothérapeutes. Cette formation se distingue donc du lycée, appelé également gymnase, qui ouvre les portes de l’université et qui est plus difficile d’accès. Cela fait dire à certain·es que l’école de culture générale accueille les élèves qui ne veulent pas suivre un apprentissage professionnel mais […]

Le temps de lire

Qu’est-ce que le quart d’heure de lecture ? Depuis quelques années, nous avons vu avec plaisir le quart d’heure de lecture entrer dans les établissements scolaires, surtout les écoles et les collèges. Il s’agit d’un temps dédié à la lecture, placé hebdomadairement ou quotidiennement, de 10 à 15 minutes de lecture dite libre. Si la pratique existait évidemment déjà dans quelques établissements qui n’ont pas attendu de mot d’ordre officiel pour mettre en place des temps de lecture, on ne peut nier que l’action de l’association Silence on lit ! a été pour beaucoup dans son développement (même si, j’y reviendrai, il y aurait beaucoup à dire sur les pratiques de cette association et la vision de la lecture qu’elle diffuse). En 2018, récupérant comme souvent les pratiques des personnels, le ministre Blanquer a adressé un courrier aux rectrices et aux recteurs pour faire la promotion du quart d’heure de lecture, si […]

Marcher sur la queue du chat

Cette élève qui s’est enfuie en courant et en pleurant de mon cours sur un extrait de Pauca Meae de Hugo, je ne l’ai jamais oubliée. Et ce petit jeune homme pourtant esprit fort, qui passa tout un cours sur Bérénice à pâlir graduellement sans que je comprenne pourquoi. Et au début de ma carrière, il y a eu aussi cet élève s’énervant subitement à la lecture d’un extrait de L’École des Femmes qui m’a laissé un souvenir impérissable. J’ai horreur de cela, je m’en veux toujours un peu de ne pas avoir su l’éviter. J’appelle cela marcher sur la queue du chat : un accident inévitable et contre lequel on ne peut pas grand-chose. La première venait de perdre sa grand-mère qui l’avait élevée et je n’en savais rien. Le second resta en fin d’heure pour m’expliquer que dans la vie, il était exactement dans la position d’Antiochus. Quant au […]

Comment j’ai appris la mort de Maradonna

Une séance de textes libres mercredi matin 26 novembre. Arthur sèche et joue avec son stylo._ « Tu joues avec ton stylo, Arthur, tu aimes jouer ?_ Oui, à la playstation._ Tu as écrit en début d’année que tu aimais le rap, c’est aussi un jeu, avec les mots. Si tu veux, écris et répéte trois fois « je joue » et tu parles ensuite de ces trois sortes de jeu. 10 minutes plus tard, je repasse par là ; la première strophe est écrite._ « Je n’ai pas fait ce que vous avez dit, j’ai écrit autre chose. »_  » C’est encore mieux. Ha tiens, Maradona, c’est un vieux joueur, ça. J’ai un documentaire sur lui, il faudra que je te le passe si tu veux. Il est encore connu ? A. les yeux ronds :  » Il est mort hier »…..Ecouter les infos tous les jours, on a dit….._ Je l’apprends avec ton texte. Merci. […]

Le cabinet de curiosités, un partage de cultures

Claire Tastet est professeure de Lettres en lycée. Durant le 1er confinement, elle et ses élèves ont créé un cabinet de curiosités, avec joie et enthousiasme ! Sans doute une des pistes possibles pour le travail en demi-groupes en œuvre actuellement dans les lycées. Nous sommes revenues sur cette pratique avec Claire. Un cabinet de curiosités dans l’enseignement des Lettres… pourquoi, et comment ? Le cabinet de curiosité a été réalisé dans le cadre de la spécialité Humanité Littérature & Philosophie en Première. Nous étions en plein confinement et nous étudiions les récits des grands voyageurs dans le cadre des « Représentations du monde de la Renaissance au Siècle des Lumières ». Une des trois problématiques proposées dans cet objet d’étude s’intitule « décrire, figurer, imaginer ».  Lors de la classe en ligne, un des élèves a fait remarquer le côté paradoxal de la situation : nous évoquions de grands voyageurs, des pays lointains alors que nous […]

Une évaluation en mots

Pratiques d’enseignantes de français en pédagogie Freinet au second degré Les invariants de Célestin Freinet INVARIANT n° 19 : Les notes et les classements sont toujours une erreur. INVARIANT n° 10 bis : Tout individu veut réussir. L’échec est inhibiteur, destructeur de l’allant et de l’enthousiasme. INVARIANT n° 13 : Les acquisitions ne se font pas comme l’on croit parfois, par l’étude des règles et des lois, mais par l’expérience. Étudier d’abord ces règles et ces lois, en français, en art, en mathématiques, en sciences, c’est placer la charrue devant les bœufs. Pour lire le texte intégral : https://www.icem-pedagogie-freinet.org/les-invariants-pedagogiques Le témoignage de Coraline, enseignante au Lycée Pasteur de Lille D’où l’idée est venue Nous sommes un groupe de professeurs engagés en pédagogie Freinet depuis 4 ans maintenant. Lectures, formations, rencontres avec d’autres établissements. Tout cela fait réfléchir. Nous avions visité à Bruxelles « De l’autre côté de l’école », un établissement Freinet du secondaire. J’en étais […]

L’art et les violences sexuelles : une tentative d’usage critique des nouveaux programmes en lycée

Les nouveaux programmes du lycée prévoient, pour la classe de seconde, un objet d’étude intitulé : « La littérature d’idées et la presse du XIXe siècle au XXIe siècle ». L’objectif est d’ouvrir « une perspective littéraire et historique sur les caractéristiques de la littérature d’idées et sur le développement des médias de masse ». Cette mise en perspective passe par une articulation entre le temps long, celui des « grands débats sur les questions éthiques ou esthétiques » et le temps immédiat : « l’influence des moyens techniques modernes de communication de masse ». Le corpus doit être « un groupement de textes autour d’un débat d’idées, du XIXe au XXIe siècle (…) par exemple sur les questions éthiques, sociales ou sur les questions esthétiques liées à la modernité ». Dévoilement d’un récit de viol à l’agrégation Cet été, alors que je me demandais comment j’allai répondre à cette commande, j’ai pu suivre les développements d’un débat houleux autour du poème […]

Pratiques de la langue en classe

Si la dictée obsède les tenant·es du « bien parler » et du « les élèves ne savent plus écrire », elle ne résume pas à elle seule – loin s’en faut – l’extrême vivacité qui caractérise la pratique de la langue en classe et qui constitue, il faut bien le dire, une préoccupation importante des enseignant·es de Lettres. Comment s’y prendre ? Quelle terminologie utiliser ? Quel degré de finesse exiger ? … Mais surtout, travailler la langue, mais pour quoi faire ? Quelles visées y mettre, et quelle éthique ? 1ère partie : les écueils de « la langue pour la langue » Des séances de langue décrochées ; un cours de grammaire « digne de ce nom », avec la leçon, les exercices d’application ; des livrets d’exercices de grammaire qui foisonnent depuis 4 ou 5 ans en collège, de l’étiquetage au brevet, et maintenant, à l’oral du bac, une « question de grammaire » qui « vise l’analyse syntaxique d’une courte phrase ou d’une […]