L’art et les violences sexuelles : une tentative d’usage critique des nouveaux programmes en lycée

Les nouveaux programmes du lycée prévoient, pour la classe de seconde, un objet d’étude intitulé : « La littérature d’idées et la presse du XIXe siècle au XXIe siècle ». L’objectif est d’ouvrir « une perspective littéraire et historique sur les caractéristiques de la littérature d’idées et sur le développement des médias de masse ». Cette mise en perspective passe par une articulation entre le temps long, celui des « grands débats sur les questions éthiques ou esthétiques » et le temps immédiat : « l’influence des moyens techniques modernes de communication de masse ». Le corpus doit être « un groupement de textes autour d’un débat d’idées, du XIXe au XXIe siècle (…) par exemple sur les questions éthiques, sociales ou sur les questions esthétiques liées à la modernité ». Dévoilement d’un récit de viol à l’agrégation Cet été, alors que je me demandais comment j’allai répondre à cette commande, j’ai pu suivre les développements d’un débat houleux autour du poème […]

Pratiques de la langue en classe

Si la dictée obsède les tenant·es du « bien parler » et du « les élèves ne savent plus écrire », elle ne résume pas à elle seule – loin s’en faut – l’extrême vivacité qui caractérise la pratique de la langue en classe et qui constitue, il faut bien le dire, une préoccupation importante des enseignant·es de Lettres. Comment s’y prendre ? Quelle terminologie utiliser ? Quel degré de finesse exiger ? … Mais surtout, travailler la langue, mais pour quoi faire ? Quelles visées y mettre, et quelle éthique ? 1ère partie : les écueils de « la langue pour la langue » Des séances de langue décrochées ; un cours de grammaire « digne de ce nom », avec la leçon, les exercices d’application ; des livrets d’exercices de grammaire qui foisonnent depuis 4 ou 5 ans en collège, de l’étiquetage au brevet, et maintenant, à l’oral du bac, une « question de grammaire » qui « vise l’analyse syntaxique d’une courte phrase ou d’une […]

La culture en partage

Nous sommes un collectif, nous défendons une pratique collective, ce texte a donc été écrit collectivement, nous le signons tou·tes, mais aucun·e de nous ne peut se voir assigner le statut d’auteur ou d’autrice de ce texte. Il est notre réponse aux attaques d’une rare violence dont ont été l’objet certaines d’entre nous autour de la pratique de l’arpentage. La lecture en arpentage consiste à partager les pages d’un livre et à les distribuer à un collectif. Il s’agit d’une pratique issue de l’éducation populaire et ouvrière qui offre la possibilité de mettre en mouvement l’intelligence d’un groupe. À l’origine, elle a été pratiquée par les ouvriers pour s’approprier des textes législatifs ou politiques. En ce sens, elle représente une forme d’autogestion et d’autodidactie collective qui permet de se passer de la glose de l’expert, quel qu’il soit. C’est une pratique qui vise à l’autonomie du collectif concerné. Dans les […]

Arpenter un livre

Parce que je ne sais pas si c’est difficile à lire quand on a 15 /16 ans, parce que je ne sais pas si ça va leur plaire, pour la 1ère séance sur Mémoires d’Hadrien, j’opte pour un arpentage, lecture collective et partagée. Je commence par expliquer comment l’arpentage est né fin 19e dans les écoles d’ouvriers syndicalistes et comment cette pratique a été réactivée dans les réseaux de résistance : l’idée principale est de lire collectivement un livre qui nous semble trop difficile à lire seul. Ensuite je divise le nombre de pages du livre par le nombre de personnes présentes. Ce matin chacun·e avait 12 pages soit 6 feuilles. Je déchire les pages pour les donner à chaque élève. Là les yeux leur sortent de la tête et moi j’aime bien leur dire qu’un livre ça se partage. Temps de lecture silencieux : ils peuvent souligner les pages, […]

Et si on écrivait sur les murs de la classe ? (suite et fin)

Résumé des deux épisodes précédents : un texte libre qui fait surgir le débat en 6e, sur les « trucs de filles » et les « trucs de garçons », sur les difficultés à être une fille. Une envie de faire dialoguer les élèves de toutes mes classes (6e, 5e, 3e). Un mur vide dans la salle. Voilà comment est né le mur des débats et comment il a pris vie grâce aux échanges entre les élèves, qui partagent leurs expériences, réfléchissent à leur quotidien pour le faire évoluer. Liens pour les lire : – épisode 1 – épisode 2 J’irai un peu plus vite dans les récits d’expérience, car il y aurait encore beaucoup à dire, et la saison consacrée au mur des débats prend fin… En voyant les affiches du premier débat décrochées, les 3e m’ont rappelé que c’était « leur tour » de proposer un sujet. Je leur ai donc demandé d’y réfléchir et de […]

Entretien avec Laélia Véron, enseignante en milieu carcéral

Entretien avec Laélia Véron, maîtresse de conférences en stylistique et langue française à l’université, enseignante vacataire en milieu carcéral. 1-Depuis combien de temps enseignes-tu en milieu carcéral ? Ça doit faire une dizaine d’années (un peu moins) mais selon des rythmes et des investissements différents, avec une pause à la fin de ma thèse (pour finir ma thèse !) J’ai aussi enseigné selon des modalités différentes : d’abord avec le Génépi, de manière bénévole, puis en tant que vacataire de l’Education Nationale, car l’engagement bénévole, même s’il tout à fait louable par certains côtés, peut aussi servir de prétexte au désengagement de l’Etat. 2-Qu’est-ce qui t’a amenée à faire ce choix et qu’est-ce qui te fait rester ? Il y a plusieurs raisons : pédagogiques, sociales, et plus personnelles ! Au niveau pédagogique, c’est important pour moi de me confronter à différents publics, différentes situations d’enseignement, pour ne pas rester dans une routine et […]

Et si on écrivait sur les murs de la classe ? (2)

Résumé du 1er épisode : un texte libre qui fait surgir le débat en 6e, sur les « trucs de filles » et les « trucs de garçons », sur les difficultés à être une fille. Une envie de faire dialoguer les élèves de toutes mes classes, de la 6e à la 3e. Un mur vide dans la salle. Voilà comment est né le mur des débats et comment il a pris vie grâce aux échanges entre les élèves. Lien direct pour lire l’épisode 1 : http://www.lettresvives.org/2019/07/16/et-si-on-ecrivait-sur-les-murs-de-la-classe/ Épisode 2 : La dynamique s’est donc bien enclenchée, les élèves ont totalement pris possession du débat mural et je n’ai rien eu d’autre à faire, dans ces moments-là, que relire leurs écrits et, surtout, observer les attitudes, l’émergence du lien entre les élèves, l’évolution des productions quant à leurs qualités argumentatives et rédactionnelles et leur engagement dans ce travail. En effet, ce qui était à la fois étonnant et […]

Et si on écrivait sur les murs de la classe?

Épisode 1 : Nous sommes vendredi, il est quasiment 16h et nous voici en pleine lecture de textes libres avec les élèves de 6ème. C’est au tour de Fatoumata* de lire le texte qu’elle a fini de recopier dans son cahier d’écrivaine : « Filles VS garçons », tel est le titre, prometteur… Il y est question des préjugés qui entourent les filles. Tout est parti, nous explique-t-elle, d’une remarque faite par l’un de ses camarades : les filles courraient moins vite et auraient moins de force que les garçons. En quelques lignes, Fatoumata expose dans son écrit plusieurs objections et plusieurs exemples pour contredire ces affirmations et conclut sur le fait qu’il n’y a pas de « trucs pour les filles » ni de « trucs pour les garçons ». S’ensuit le moment des échanges sur le texte lu. Généralement, ceux-ci prennent la forme de commentaires sur la qualité de l’écriture, de questions sur le contenu, sur les […]

La grammaire française en quatre pages de Célestin Freinet

La technique de travail traditionnelle est tout entière basée sur la leçon faite par le maître, étudiée ensuite dans le manuel, avec la plupart du temps des résumés appris par cœur et des devoirs d’application. C’est une méthode de travail. Elle a aujourd’hui fait ses preuves. On connaît les quelques avantages qu’elle présente : avec un minimum d’initiative et de don de soi, mécaniquement, en suivant les manuels, n’importe quel instituteur peut l’administrer, même sans faire le long apprentissage de l’École Normale. Mais on a toujours hésité à en divulguer les inconvénients et les dangers parce que critiquer ce que l’on ne peut ou ne sait remplacer, c’est dénigrer et que dénigrer est toujours une position difficile et dangereuse. Nous qui savons où nous allons, nous pouvons nous payer l’audace de dire que la technique traditionnelle des devoirs et des leçons, que nous critiquerons en détail dans un autre opuscule, […]

Le plan de travail , une des réponses possibles à l’hétérogénéité (pédagogie Freinet)

Que ce soit les enseignant·es, les familles ou les personnels de direction, on entend souvent régulièrement l’hétérogénéité des classes accusée d’être responsable d’une baisse du niveau et des exigences (ce fameux « nivellement par le bas » que les discours catastrophistes sur l’école invoquent à grands cris). L’hétérogénéité, qu’est-ce que c’est ? – des profils d’élèves différents, dans leur manière d’apprendre, dans leurs attitudes ; – des savoirs et des compétences hétérogènes ; – une maîtrise de la langue française inégale ; – ou encore un bagage culturel différent. Les difficultés que cela pose : Ces différences de besoins et de compétences entre les élèves, parfois très grandes, constituent évidemment une difficulté pour les enseignant·es, surtout lorsque les classes comptent 25 à 35 élèves : comment accompagner chacun·e sur un parcours de réussite lorsque nous n’avons que quelques heures par semaine (quelques minutes par élève !) à leur consacrer ? Comment répondre aux besoins de chacun·e, que ce soit l’élève […]