Entretien avec des autrices du manuel Des femmes en littérature – partie 2

Les Éditions Des Femmes – Antoinette Fouque et les éditions Belin ont publié, l’année dernière, un manuel intitulé : « Des Femmes en littérature ». La démarche nous a intéressé au collectif parce qu’elle touche évidemment à la question de l’enseignement des lettres comme moyen d’émancipation. Nous avons rencontré trois autrices du manuel. Suite de l’entretien. Djamila Belouchat, professeure lettres Céline Bizière, doctorante en littérature Michèle Idels, des Editions Des Femmes – Antoinette Fouque Mathieu Billière, pour Questions2classe(s), le collectif Lettres Vives, l’AFEF Pour lire la première partie de l’entretien. Pratiques de classe 1 : vers une « conscientisation » ? MB : Pensez-vous qu’il est possible de déclencher ce débat-là dans les classes, entre les élèves, à partir des textes que vous proposez ? CB : ça dépend quels textes. DB : Oui, il y a plusieurs objets d’étude qui invitent à repenser la question de la culture, de la femme… CB : Il y en a qui parlent de la […]

Arpenter un livre

Parce que je ne sais pas si c’est difficile à lire quand on a 15 /16 ans, parce que je ne sais pas si ça va leur plaire, pour la 1ère séance sur Mémoires d’Hadrien, j’opte pour un arpentage, lecture collective et partagée. Je commence par expliquer comment l’arpentage est né fin 19e dans les écoles d’ouvriers syndicalistes et comment cette pratique a été réactivée dans les réseaux de résistance : l’idée principale est de lire collectivement un livre qui nous semble trop difficile à lire seul. Ensuite je divise le nombre de pages du livre par le nombre de personnes présentes. Ce matin chacun·e avait 12 pages soit 6 feuilles. Je déchire les pages pour les donner à chaque élève. Là les yeux leur sortent de la tête et moi j’aime bien leur dire qu’un livre ça se partage. Temps de lecture silencieux : ils peuvent souligner les pages, […]

Entretien avec des autrices du manuel Des Femmes en littérature – partie 1

Les Editions Des Femmes – Antoinette Fouque et les éditions Belin ont publié, l’année dernière, un manuel intitulé : « Des Femmes en littérature ». La démarche nous a intéressé au collectif parce qu’elle touche évidemment à la question de l’enseignement des lettres comme moyen d’émancipation. Nous avons rencontré trois autrices du manuel, dans les locaux des Editions Des Femmes – Antoinette Fouque, pour en discuter avec elles. Nous profitons de la rentrée pour publier la transcription intégrale de cet entretien, revue par les autrices. Djamila Belouchat, professeure lettres Céline Bizière, doctorante en littérature Michèle Idels, des Editions Des Femmes – Antoinette Fouque Mathieu Billière, pour Questions2classe(s), le collectif Lettres Vives, l’AFEF ———————- MB : D’où vient ce manuel ? MI : Fin 2013, aux éditions Des Femmes sortait l’énorme Dictionnaire Universel des Créatrices qui avait été voulu et presque programmé par Antoinette Fouque, qui a créé cette maison d’édition, dès 1971 puisqu’en annonçant la création […]

Entretien avec William Blanc – une lecture politique des littératures de l’imaginaire

Plusieurs membres du collectif Lettres vives ont rencontré William Blanc à l’occasion de la sortie de son livre Une brève histoire politique de la fantasy. Nous avons souhaité en savoir plus sur son rapport à la littérature… 1- Quels liens fais-tu entre politique, littérature et art ? Te paraît-il possible de faire des lectures qui ne soient pas politiques ? C’est ma formation d’historien qui me pousse à faire le lien entre politique, littérature et art. Quand on étudie une source historique, que ce soit une charte médiévale ou un comics produit en 1968, un·e chercheur·euse doit toujours se poser la question du contexte de production : qui écrit et pour qui (et pourquoi) écrit cette personne ? Dans cette optique, il est possible de tirer de productions culturelles beaucoup d’informations sur la société dans laquelle elles ont été écrites. En d’autres termes, on peut parfaitement parler de la lutte des droits […]

Pour des mouvements pédagogiques qui s’engagent politiquement : l’exemple de l’Icem-pédagogie Freinet !

Le collectif Lettres vives : … soutient depuis le début les mobilisations des personnels de l’éducation contre les lois Blanquer, élitistes et autoritaires : luttes des personnels précaires, manifestations locales et nationales, grève des examens… … dénonce les nouveaux programmes de lycées, publiés malgré le désaccord d’une majorité des professionnel·les de l’éducation et œuvre pour une subversion de ces lignes directrices délétères qui voient dans les jeunes une simple main d’œuvre à former, et leur refusent l’accès à la plus grande culture alors que c’est elle qui leur permettra de se forger un esprit critique … lutte pour une école inclusive et émancipatrice pour toutes et pour tous, accueillant les jeunes dans des conditions dignes, respectant la liberté pédagogique des enseignant·es et le potentiel créateur des enfants. C’est pourquoi, nous reconnaissant dans les valeurs défendues par l’Icem-pédagogie Freinet, nous soutenons la motion publiée lors du congrès d’Angers en ce mois d’août […]

Et si on écrivait sur les murs de la classe ? (suite et fin)

Résumé des deux épisodes précédents : un texte libre qui fait surgir le débat en 6e, sur les « trucs de filles » et les « trucs de garçons », sur les difficultés à être une fille. Une envie de faire dialoguer les élèves de toutes mes classes (6e, 5e, 3e). Un mur vide dans la salle. Voilà comment est né le mur des débats et comment il a pris vie grâce aux échanges entre les élèves, qui partagent leurs expériences, réfléchissent à leur quotidien pour le faire évoluer. Liens pour les lire : – épisode 1 – épisode 2 J’irai un peu plus vite dans les récits d’expérience, car il y aurait encore beaucoup à dire, et la saison consacrée au mur des débats prend fin… En voyant les affiches du premier débat décrochées, les 3e m’ont rappelé que c’était « leur tour » de proposer un sujet. Je leur ai donc demandé d’y réfléchir et de […]

Entretien avec Laélia Véron, enseignante en milieu carcéral

Entretien avec Laélia Véron, maîtresse de conférences en stylistique et langue française à l’université, enseignante vacataire en milieu carcéral. 1-Depuis combien de temps enseignes-tu en milieu carcéral ? Ça doit faire une dizaine d’années (un peu moins) mais selon des rythmes et des investissements différents, avec une pause à la fin de ma thèse (pour finir ma thèse !) J’ai aussi enseigné selon des modalités différentes : d’abord avec le Génépi, de manière bénévole, puis en tant que vacataire de l’Education Nationale, car l’engagement bénévole, même s’il tout à fait louable par certains côtés, peut aussi servir de prétexte au désengagement de l’Etat. 2-Qu’est-ce qui t’a amenée à faire ce choix et qu’est-ce qui te fait rester ? Il y a plusieurs raisons : pédagogiques, sociales, et plus personnelles ! Au niveau pédagogique, c’est important pour moi de me confronter à différents publics, différentes situations d’enseignement, pour ne pas rester dans une routine et […]

Et si on écrivait sur les murs de la classe ? (2)

Résumé du 1er épisode : un texte libre qui fait surgir le débat en 6e, sur les « trucs de filles » et les « trucs de garçons », sur les difficultés à être une fille. Une envie de faire dialoguer les élèves de toutes mes classes, de la 6e à la 3e. Un mur vide dans la salle. Voilà comment est né le mur des débats et comment il a pris vie grâce aux échanges entre les élèves. Lien direct pour lire l’épisode 1 : http://www.lettresvives.org/2019/07/16/et-si-on-ecrivait-sur-les-murs-de-la-classe/ Épisode 2 : La dynamique s’est donc bien enclenchée, les élèves ont totalement pris possession du débat mural et je n’ai rien eu d’autre à faire, dans ces moments-là, que relire leurs écrits et, surtout, observer les attitudes, l’émergence du lien entre les élèves, l’évolution des productions quant à leurs qualités argumentatives et rédactionnelles et leur engagement dans ce travail. En effet, ce qui était à la fois étonnant et […]

Et si on écrivait sur les murs de la classe?

Épisode 1 : Nous sommes vendredi, il est quasiment 16h et nous voici en pleine lecture de textes libres avec les élèves de 6ème. C’est au tour de Fatoumata* de lire le texte qu’elle a fini de recopier dans son cahier d’écrivaine : « Filles VS garçons », tel est le titre, prometteur… Il y est question des préjugés qui entourent les filles. Tout est parti, nous explique-t-elle, d’une remarque faite par l’un de ses camarades : les filles courraient moins vite et auraient moins de force que les garçons. En quelques lignes, Fatoumata expose dans son écrit plusieurs objections et plusieurs exemples pour contredire ces affirmations et conclut sur le fait qu’il n’y a pas de « trucs pour les filles » ni de « trucs pour les garçons ». S’ensuit le moment des échanges sur le texte lu. Généralement, ceux-ci prennent la forme de commentaires sur la qualité de l’écriture, de questions sur le contenu, sur les […]

Pauvre Camus… (1) l’épreuve de français du DNB

Une certaine vision de l’enseignement des lettres Depuis la session 2018, la forme du brevet en français a changé (encore !). La partie portant sur le texte et l’image est composée de deux temps : « Grammaire et compétences linguistiques » et « Compréhension et compétences d’interprétation », présentés dans cet ordre de priorité sur la 1ère page du sujet, ce qui, en soi, est déjà significatif. Cette année, contrairement à l’an passé, les questions de « grammaire et compétences linguistiques » ouvrent l’épreuve et nous font franchir un cap dans la vision de l’enseignement des Lettres qui est transmise à travers cette épreuve nationale : un texte, une image et d’emblée des questions de langue totalement déconnectées de toute compréhension et de toute interprétation. Ici, le texte ne sert, au final, que de support factice à un étiquetage grammatical qui n’a d’autre intérêt que lui-même. Exit donc, le lien entre langue et littérature, entre langue et réflexion critique, […]